Hier matin, le salon du livre et de la presse proposait une initiation à la calligraphie hébraïque. Son but : faire comprendre aux participants les fondements de cet art immémorial qu’est la calligraphie. Description d’une première expérience.

Les apprentis calligraphes s’asseyent. Shinta Zenker, notre professeur du jour, s’enquiert tout d’abord du niveau des participants et constate avec un sourire que nous sommes presque tous débutants. Nous sommes tous secrètement soulagés. Elle nous explique ensuite que dans la tradition juive, la calligraphie est exercée par le « sofer », équivalent du scribe latin, à qui revient la prestigieuse tâche de retranscrire les textes sacrés sur les parchemins religieux appelés « qlaf ». Ces « qlaf » seront ensuite roulés et conservés dans les « tefilin » ou dans les « mezouzah ». Les premiers consistent en des boîtiers de cuir rattachés par des lanières et portés sur le bras par les hommes lors des jours de cultes ; quant aux secondes, ce sont de petits réceptacles de bois rectangulaires que l’on attache à l’entrée de la maison, sur le linteau de la porte, en signe de protection.

Plongés dans les méandres de la tradition juive, nous émergeons lorsqu’elle nous demande solennellement de nous saisir de notre « kalam » – nom arabe et hébreu de la plume de roseau – et trace elle-même la première lettre : le « yod ». Ce caractère, nous dit-elle, est non seulement le plus simple de l’alphabet mais aussi celui dont découlent tous les autres. En effet, cette minuscule lettre est le point de départ graphique de l’abécédaire tout entier, et pour cause, elle est la première lettre du mot Dieu, « Yahvé » en hébreu. Nous écoutons attentivement ses récits tout en nous appliquant à reproduire la lettre divine. Shinta Zenker passe derrière chacun d’entre nous afin de redresser la plume de l’un ou le dos de l’autre, de décroiser les jambes de celui-ci ou de décrisper la nuque de celle-là. La position du corps est aussi importante que celle du kalam, nous affirme-t-elle. Ce dernier doit être positionné à cheval sur la ligne, à 45 degrés précisément, pour que les traits horizontaux aient une largeur équivalente à celle des traits verticaux. De la même manière, si l’on désire tracer des lettres régulières, pleines et harmonieuses, il est impératif de se tenir droit, d’être serein et en paix avec soi-même. L’énergie du corps tout entier est transmise par des canaux mystérieux dans la main, qui la transmet à son tour à la plume. Cette dernière est le messager des mouvements profonds et secrets de l’âme du scribe. Je regarde autour de moi et je vois les mains, ainsi que les esprits, se calmer peu à peu. La calligraphe baisse toujours plus la voix, à mesure que nos gestes se précisent. Nous écrivons d’une seule plume et respirons d’un seul souffle.

Enfin, après une heure de méditation, nous sommes capables d’écrire le mot « yédidout », qui signifie « amitié ». Shinta Zenker nous recommande de le copier plusieurs fois car « l’amitié est large et qu’il est nécessaire de toujours redoubler d’efforts si l’on veut que du yod, elle germe et fleurisse en yédidout ».

Nous levons notre plume et regardons notre feuille de papier. Les lettres sont là, sous nos yeux ébahis. Nous nous quittons dans un sourire et repartons les doigts pleins d’encre et la tête pleine de mots.

Une petite démonstration du tracé de la lettre yod….

https://www.youtube.com/watch?v=1Cm92BjBBEM&feature=youtu.be

Lea Mahassen

 

Photo :  © Michel D’anastasio

https://i.ytimg.com/vi/Y-G7tMUH76A/maxresdefault.jpg