Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion, qu’il ne dit jamais : ‘Je vous donne’, mais ‘Je vous prête le bonjour’. – La Flèche

Harpagon est avare et obnubilé par l’argent. Il aime l’argent plus même que ses propres enfants. Lorsqu’il s’apprête à épouser Mariane, la femme dont son fils est épris, et qu’il dévoile à ses enfants son projet matrimonial, tout bascule.

L’Avare – une pièce si classique qu’il peut sembler difficile d’innover en apportant de la modernité à travers les mots de Molière. Gianni Schneider en propose justement une version très moderne – plutôt réussie. Le décor est constitué de la poupe d’un bateau luxueux et d’un écran en fond de scène sur lequel défile la mer – parfois changeante – et la lumière du jour, au fur et à mesure des événements. La pièce s’ouvre sur le personnage d’Harpagon, observant les étoiles avec sa longue-vue. Puis, ce dernier jette un regard sur le public et, pris d’un doute, court à sa cabine. Apparaissent ensuite, sur l’écran, les visages des deux amants, Elise et Valère. Une caméra les filme s’embrassant dans leur cabine, qui se situe en-dessous de la poupe – et qui est donc invisible aux yeux des spectateurs – le tout accompagné d’une musique électro. Le choix de la vidéo est judicieux et apporte le principal aspect de modernité dans cette mise en scène contemporaine, laissant parfois même place à des images très poétiques. A plusieurs reprises, le public peut ainsi accéder aux cabines qui ne sont pas dévoilées directement sur scène, mais qui nous sont montrées grâce à la vidéo. Mais ce n’est pas tout : les personnages sont parfois invités à « sortir » de l’écran et ainsi quitter la 2D pour se matérialiser sur scène, ce qui révèle une certaine audace.

Le metteur en scène, Gianni Schneider, choisit d’axer sa mise en scène autour du personnage d’Harpagon afin de mettre en exergue sa passion et sa folie. Il apporte sa propre lecture de la pièce et décide de faire un choix très personnel, celui de « rencontrer l’Avare caché en [lui]. » A travers sa mise en scène contemporaine, il cherche donc à porter le regard de Molière sur la société et sur les hommes d’aujourd’hui et à « inviter le public à regarder en face l’avare enfoui en lui… »

Une jolie mise en scène qui n’enlève rien au comique de la pièce et qui nous fait redécouvrir avec joie ce grand classique de Molière !

Léa Déchamboux

L’Avare, à voir jusqu’au 1er février au théâtre de Carouge, Genève, 022 343 43 43, www.tcag.ch

Photo : Aline Paley