Je ne sais pas vous, mais moi j’ai horreur des nazis.

Rien que du point de vue vestimentaire, ce n’est vraiment pas pratique de s’habiller aux couleurs des nazis toute l’année ! Elles sont si peu diversifiées et si difficiles à accorder ! Alors à moins de s’appeler Stendhal, je ne vois pas quel plaisir on peut trouver à n’avoir de choix qu’entre le rouge et le noir. Ensuite, bien sûr, il y a le bras. Je crois que vous n’avez pas idée du nombre de tendinites diagnostiquées entre 1933 et 1945. Aujourd’hui, la question subsiste encore : l’idéal nazi valait-il réellement la peine que l’on se donne tout ce mal ? Sincèrement, je ne le pense pas. Enfin, vous êtes sans cesse obligé d’avoir l’air menaçant et très méchant, à part lorsque vous êtes sur le point de crier victoire ; alors là vous pouvez sourire mais d’un sourire tellement effrayant que l’on préférerait que vous continuiez à bouder, au final. Imaginez les photos que ça donne après ! Franchement, y’a-t-il jamais eu un seul portrait de nazi souriant réussi ? Non, vraiment, c’est un style de vie impossible à suivre. Voilà pourquoi, entre autres, je n’aime pas les nazis. Ce qui me plaît, en revanche, c’est la manière dont le nanar les a traités et c’est de cela que j’ai l’intention de vous parler aujourd’hui.

Le genre apparaît dans les années 70 et donne naissance à des films tels que Ilsa, la louve des SS (Don Edmonds, 1975), ou La bête en chaleur (Luigi Batzella alias Ivan Katansk, 1977). Ces deux longs-métrages ont un point commun : non seulement ils mettent en scène des nazis (pendant ou après la guerre), mais ils appartiennent également au domaine érotique. La chose peut surprendre au premier abord mais si l’on se réfère à la définition que Nanarland donne de ce genre, on comprend mieux l’association. En effet, selon leur glossaire, le nazi, en langage nanar, serait un « sadique, violeur, zombie, savant fou, éleveur d’hommes-singes, enfoiré, anacoluthe, bachibouzouk » et le Nazisme nanar, lui, serait un genre « fourbe, violent, libidineux et cruel »(1). Cela nous brosse le portrait d’un personnage pour le moins douteux. Pour vous donner une idée de l’angle d’attaque des réalisateurs de nanars nazis, je vais vous fournir un bref synopsis des deux films susmentionnés.

Tout d’abord, le plus scandaleux des deux, La bête en chaleur, raconte l’histoire d’un officier SS femme, Magall, qui fait preuve d’une inventivité folle en créant une bête sexuelle, un vampire nain nourri aux aphrodisiaques qu’elle utilise pour torturer les prisonnières et les violer pendant les interrogatoires.

Ilsa, la louve des SS, met en scène la malheureusement bien réelle Ilse Koch, gardienne du camp de Buchenwald connue pour sa cruauté sans borne. Son portrait est peint comme celui d’une femme aux avantages physiques non négligeables, fatale et diabolique, menant ses hommes d’une main de fer. Elle invente toutes sortes d’expériences auxquelles elle soumet les femmes et les hommes prisonniers du camp. Son but est de démontrer que les femmes sont plus résistantes que les hommes et qu’elles peuvent, par conséquent se battre au front.

À présent que l’on a sous les yeux un panorama de ces deux films, faisons un peu d’analyse. Ils sont orientés sous le même angle, ou presque : les nazis, les femmes, la violence et l’érotisme. Les réalisateurs fabriquent des personnages odieux afin que le spectateur puisse sans retenue les haïr. Aussi bien Magall qu’Ilsa sont identifiables comme « les méchantes » et l’on souhaite assez rapidement qu’un châtiment à la hauteur de leur cruauté leur soit administré.

Examinons à présent de plus près les motivations de ces deux femmes. Magall et Ilsa sont diaboliques justement parce qu’elles sont nazies. Leur fonction les rend mauvaises et toutes puissantes. Selon les codes du nanar, on vit dans un monde où l’on peut être à la fois gardienne de camp et chercheuse scientifique, ce qui leur donne ce côté « savant fou ».

Magall, d’un côté, invente un monstre à son image, la principale caractéristique du vampire nain étant celle de violer les prisonnières à tort et à travers. Son activité sexuelle est donc complètement débridée. De la même manière, et comme toutes les dominatrices nazies dans le nanar, Magall est assoiffée de chair et c’est justement là son point faible. Elle a beau être sadique, brutale et méprisante, comme tous les officiers nazis, elle ne peut contenir ses besoins sexuels et finit par être soumise par un héros masculin victime de ses irrépressibles pulsions.

De l’autre côté, les motivations d’Ilsa pourraient presque être considérées comme féministes étant donné qu’à la base, l’excuse qu’elle se donne pour torturer toutes ces jeunes prisonnières est qu’elle voudrait démontrer la grande force des femmes, leur permettre d’être considérées les égales des hommes et les faire envoyer au front comme eux. Suis-je en train d’applaudir celle que l’on surnommait volontiers « la chienne de Buchenwald » ? Certainement pas. Je tente simplement de vous faire comprendre à quel point les réalisateurs de nanars osent tout ! Mais vraiment tout ! Tel est donc l’argument de départ : Ilsa Koch, une féministe qui s’y prend mal. Évidemment, le film ne démontrera pas du tout cela. Il nous présentera une espèce de nymphomane ridicule dans son costume trop serré et son maquillage exagéré, une folle furieuse qui mène un régime de terreur sadique sur tout le camp dont elle a la charge, une bête soumise, enfin, par le fameux « mâle dominant » qui, ce n’est pas innocent, est américain. Bien mal lui en prendra puisque celui-ci lui logera une balle dans la tête, lors d’une scène qui tient du sublime tant elle est kitsch : nous voyons Ilsa étendue sur un lit aux draps de satin rose, bâillonnée et ligotée. Ses yeux sont révulsés et le corps sanguinolant d’une femme est jeté sur elle. Le soldat américain est debout à côté du lit, l’air incroyablement cynique. Elle implore sa pitié d’une voix étouffée et il la regarde en riant. Enfin, la caméra se rapproche de lui dans un ultime effort et capture le coup de revolver qu’il tire sur la louve. La tête explose et le camp est libéré : le bien a triomphé mais dans une violence et une absurdité telles que l’on n’est pas tout à fait sûr de comprendre l’enjeu de cette victoire.

Au niveau de la reconstitution historique, ne nous mentons pas, le réalisme n’était ni l’objectif ni le point fort de ces réalisateurs. De la peinture rouge dans tous les sens, des habits qui se déchirent à une vitesse incroyable – sans rire, si j’étais le producteur, j’exigerais qu’on me rembourse la totalité des costumes de Magall ! – et des bêtes sauvages délirantes. Je ne suis donc pas sûre qu’il vaille réellement la peine de s’arrêter sur la véracité des reconstitutions, si ce n’est peut-être pour mentionner le fait que certains metteurs en scène ont poussé le vice de la paresse jusqu’à ne pas vérifier que les croix gammées soient dans le bon sens. Mais il s’agit là d’un détail, bien sûr et les détails, ça connait les nazis…(2)

Ai-je été convaincue par ces quelques morceaux de bravoure du nanar nazi, appelé aussi « Gestaporn » ? Oui et non. Je pense qu’il a vraiment fallu beaucoup de courage et de travail à Don Edmonds et à toute son équipe pour monter et présenter sérieusement un film comme La louve. Les acteurs ont dû s’oublier de manière intégrale pour être capables de jouer de tels rôles, de tels personnages et surtout, pour exécuter un tel scénario sans broncher. En revanche, je suis plutôt fan des vieux nanars bien classiques comme ceux dont je vous ai parlé mercredi dernier. Alors je salue l’effort des réalisateurs et des comédiens, notamment tous ces officiers qui se sont crus obligés de parler avec un accent allemand très prononcé et à la limite du gênant, mais je préfère m’en tenir à Ed Wood, Vampira, Tor Johnson et leurs comparses, dont je vous parlerai bientôt…

À la semaine prochaine et en route vers l’infini et au-delà !

Lea Mahassen

Références :
¥ Ilsa, la louve des SS, Don Edmonds, 1975
¥ La bête en chaleur, Luigi Batzella, 1977

(1) http://www.nanarland.com/glossaire-definition-47-n-comme-nazi.html

(2)

Cherchant, dans un élan d’altruisme, à venir en aide aux costumiers qui s’occupent des uniformes nazis, les bras m’en sont tombés. Je vous livre ici le résultat de ma quête : jetez un œil aux commentaires, reflets virtuels d’une maladie pernicieuse qui visiblement persiste au XXIème siècle, je vous garantis que cela vaut le détour…

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