En remplacement du Caligula initialement programmé et annulé pour raisons budgétaires[1], le Théâtre Alchimic propose Le Cid improvisé de et avec Philippe Cohen.

Tout le monde a en tête la fameuse histoire de Rodrigue et Chimène, ainsi que et le fameux « dilemme cornélien ». Pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, petit rappel. Séville. XVIIème siècle. Sous la plume de Pierre Corneille, cette tragi-comédie raconte comment Don Diègue demande à son fils Rodrigue de le venger du soufflet infligé par le comte de Gomès, jaloux de la décision du roi de le nommer précepteur du prince. Oui mais voilà, le comte de Gomès n’est autre que le père de Chimène, la promise de Rodrigue… S’en suit une longue prise de décision. Rodrigue choisit finalement de venger son père, au risque de perdre Chimène. Suite à de nombreuses péripéties, des combats, la guerre, un duel remporté par Rodrigue, il finira par reconquérir l’amour de sa vie. C’est en partie ce qui nous intéresse, mais pas que…

Philippe Cohen entre sur une scène totalement dépourvue de décor. Il commence par une réplique de Chimène, adressée à Elvire, sa suivante. Petite particularité : il joue de profil. Pourquoi, se demande-t-on ? Il préviendra le public qu’il avait pensé sa mise en scène pour s’adresser à la droite de la salle et demandera à chacun de se déplacer…avant de faire l’effort d’une « rotation d’un quart de tour ». Cette première réplique complètement décalée pose l’atmosphère de la pièce : celui qui s’attendait à voir Le Cid risque d’être quelque peu surpris…

Alors, Philippe Cohen enchaîne en expliquant qu’il jouera principalement le rôle de Rodrigue. Il résume la pièce au public, tout en jouant quelques scènes. Tout au long de ces moments, une grande part d’improvisation se déroule sur la scène de l’Alchimic. C’est là tout l’intérêt de cette pièce. Dans le titre du spectacle, il y a certes Le Cid, on l’a compris, mais il y aussi le terme « improvisé ». Ainsi, Philippe Cohen s’adapte au public présent. J’ai eu la chance de me rendre à l’Alchimic un soir où une classe du cycle d’orientation était présente. Autant dire que le comédien n’a pas été tendre avec eux… mais toujours avec un humour décapant ! Se moquant de la jeune fille qui cherchait quelque chose dans son sac, du jeune homme appuyé sur son bras comme s’il dormait, Philippe Cohen sait jouer parfaitement entre humour et malaise. Chacune des personnes dont il se moque – toujours avec tendresse, rassurez-vous – aura bien retenu la leçon et se sera ensuite tenue de manière impeccable. Ces remarques auront également été l’occasion d’envoyer quelques piques à l’enseignement secondaire, au DIP et plus généralement à l’actualité genevoise, notamment autour des prochaines votations…

Naviguant entre extraits de la pièce de Corneille, one-man show façon stand-up, mime, imitations d’accents et de langues diverses, Philippe Cohen propose un spectacle varié et extrêmement rythmé. Le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer ! L’un des points culminants du spectacle aura sans doute été le récit de la première représentation du spectacle à Séville, en présence de « Pierrot » Corneille, dans un anachronisme hilarant.

Au niveau du rythme et de l’humour, on peut toutefois signaler un temps faible. À deux reprises, Philippe Cohen choisit trois personnes au hasard dans le public. Chacune lui donne un mot. À partir de ces trois mots, il improvise alors une histoire impliquant Rodrigue et Chimène, après la fin du Cid. S’il faut reconnaître le talent du comédien, qui parvient à créer en un instant une histoire qui tient – plus ou moins – la route, tout en développant un texte pleins de rimes, force est de constater que les spectateurs rient un peu moins lors de ces deux moments.

Toutefois, malgré ces deux moments plus faibles – on parle d’un total de dix minutes peut-être sur 1h30 de spectacle – Philippe Cohen excelle dans son rôle de comédien-metteur-en-scène-humoriste-improvisateur. Ce spectacle, qui tourne depuis une trentaine d’années, n’a pas pris une ride ! Ceci grâce au talent de ce comédien, qui ajoute des sujets d’actualité dans ses parties improvisées et a su redonner un coup de jeune à son spectacle.

Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de voir ce spectacle, courez à l’Alchimic avant le 4 juin et passez un moment « hilarant »[2] en compagnie de Philippe Cohen !

Fabien Imhof

Infos : http://alchimic.ch/

Photo : © Thierry Van Osselt

[1] D’où l’importance des votations de dimanche sur les coupes de budget dans la culture en ville de Genève…

[2] C’est l’un des mots choisis par une personne du public sélectionnée pour l’improvisation.