Dévoreurs de livres, Les Livrophages vous emmènent chaque semaine à la rencontre d’un ouvrage et d’un auteur différents. Aujourd’hui, Caroline Mirski vous emmène dans le Montana, avec Le Vieux Saltimbanque de Jim Harrison.

« Il s’était attendu à ce qu’aucun événement notable ne trouble sa vieillesse. Mais qui a jamais entendu parler d’un gentleman blanc et chrétien comme lui, ayant perdu son permis de conduire et restant assis sous un pin au lieu de rejoindre en voiture un bar sympa situé en ville ? » (p.17).

Jim Harrison écrit de nouveaux mémoires et explique la raison de ce choix dans Note d’auteur : « Il y a quelques années, alors qu’à près de soixante ans je ressentais de manière poignante la menace de la mort, je me suis dit : « Le moment est venu d’écrire mes mémoires » Ce que j’ai fait. Mais la vie en a décidé autrement et, plus de quinze ans après, je ne suis toujours pas mort ». Ainsi, Jim Harrison revient encore une fois sur sa vie avec des morceaux choisis, notamment sur sa carrière, son mariage, son attrait pour la boisson et les femmes. Sur un ton tour à tour léger, sérieux, drôle ou mélancolique, l’auteur nous délecte d’anecdotes insolites ou communes qui tissent la vie d’une légende sans se prendre au sérieux. Avec recul et lucidité, Jim se raconte à la troisième personne pour garder cette distance critique sur soi et ne pas tomber dans une autobiographie larmoyante. Il veut « échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie » et ajoute certainement des bribes de fiction pour un résultat plus vrai que nature, sans artifices, tout comme lui. Ainsi, on apprend que malgré sa vieillesse, l’écrivain a encore du succès auprès de la gent féminine, que sa passion pour les vins est intacte ou encore qu’il a l’idée d’élever des cochons dont il va s’éprendre de manière surprenante et touchante. Sans réelle structure, Le Vieux Saltimbanque se lit néanmoins comme un poème passionné d’une seule traite et avec une rapidité déconcertante. On ressent une émotion forte, un sourire sur les lèvres, et malgré sa disparition, on sait que Jim fera bon voyage.

22.12 - 9h - bandeau-le vieux saltimbanque

Jim Harrison nous a quittés le 26 mars 2016 en Arizona à l’âge de 78 ans. Le Vieux Saltimbanque est son dernier livre publié moins d’un mois après sa mort. Il a commencé sa carrière d’écrivain en rédigeant des articles de journaux et des scénarios. L’auteur va également publier quelques recueils de poèmes pour ensuite se tourner vers le roman et la nouvelle devenant, ainsi, le principal représentant du mouvement littéraire du Nature writing, autrement dit un genre mêlant observation de la nature et considération autobiographique. Jim Harrison va être reconnu mondialement par le public avec son roman Legends of the Fall (1976) publié en français sous le titre Légendes d’automne et adapté au cinéma notamment avec les acteurs Anthony Hopkins et Brad Pitt. Big Jim restera dans nos mémoires comme un grand écrivain aimant la nature, la pêche, écrire et boire une bonne bouteille de vin…un bon vivant en somme.

Caroline Mirski

Référence : Jim Harrison, Le Vieux Saltimbanque, éditions Flammarion, 2016, Paris.

Photos : © Magali Bossi (banner) et © Caroline Mirski (couverture)