Enfant, vous étiez fort charmant,
Et déjà, vous vouliez être Chateaubriand !
Aux étoiles, vous portiez ses estimes,

Car vous connaissiez ses maximes.
Vous saviez ses délicatesses
Et ses mélodies enchanteresses.

Sur votre cœur ambitieux,
Pareil une pierre dans océan profond,
Planait essaim de mots pieux.

Ainsi Dieu, voyants à votre front
Bonnes volontés, envoya à la première heure,
Gabriel dans votre paisible demeure.

Et quand l’ombre aux hameaux tomba,
L’ange invisible marcha aux pas
Jusqu’au chevet de votre lit,

Et, sans que personne ne le vît,
Il sortit une liqueur couleur bleuâtre,
Et oignit votre front blanchâtre.

Puis, battant des ailes comme un aigle,
L’Ange et non pas l’espiègle,
S’en retourna dans les hauteurs.

Et, quand le jour de sa lueur
Vous frappât fort au visage,
Pareil des yeux une image,

De votre ravin vous sursautiez !
Or, près de vous, songeait votre moitié…
Ô Poète ! C’était jour de votre consécration !

Débout dans d’immenses sensations,
Vous sentîtes coulées en vous comme fleuve,
Paroles bleuâtres, pensées neuves.

C’était un fleuve à l’azur lointain,
Dont le débit ne connaît de fin,
Et dont vous seul Dieu fit propriétaire.

Jouissance, savoir, vérité, à la terre
Vous apportiez. Des cœurs furent comblés,
Et d’autres furent fort irrités.

Quand Hadès de sa verge vous frappa,
Dieu le Roi, dans les cieux, ouvrit ses bras,
Accueillant son fils, fidèle serviteur.

Et aujourd’hui, c’est avec la main sur le cœur,
Que je puis dire bien haut :
– ô Grand Dieu, je ne désire rien qu’être Hugo !

Stéphane Kamenan