Mardi 8 mai, 20h. Comédie de Genève. C’est ce jour-ci et à cet endroit précis que se déroulera la pièce intitulée Le Procès d’Horace, revisite de l’œuvre de Corneille, par la Comédie Acte V. Mais qui sont ces personnes, que veulent-ils, et pourquoi avoir repris cette pièce ?

Qui sont-ils ?

Les deux fondateurs de cette compagnie, Marek Chojecki et Josefa Terriblini, se sont rencontrés durant leurs études à l’Université de Lausanne. Ils ont décidé de monter un projet après avoir joué dans plusieurs productions ensemble. C’est donc en 2017 qu’est née la Comédie Acte V. Le Procès d’Horace est la première pièce de cette compagnie, rassemblant les deux metteurs en scènes (Marek et Josefa), huit acteurs, pour la plupart des étudiants de l’UniL habitués à jouer dans des productions d’amateurs, ainsi que deux comédiennes professionnelles.

Basée à Lausanne, la Cie Acte V rassemble des comédiens et comédiennes d’origines suisse, française, polonaise, ou encore italienne. Cette diversité culturelle leur permet de combiner plusieurs influences artistiques et dramaturgiques.

Comment ont-ils fonctionné pour cette pièce ?

Les metteurs en scène ont d’abord élaboré le texte de leur adaptation et décidé dans les grandes lignes leur mise en scène et leur scénographie. Ils ont ensuite organisé des auditions, et se sont lancés dans les répétitions une fois leur équipe trouvée. Pour eux, le challenge était de conserver le travail de Corneille tout en le rapprochant d’une prose la plus « naturelle » possible. Le travail des vers est donc ce qui leur a demandé le plus de travail. Les scènes ont finalement commencé à émerger petit à petit, tout en laissant place à une certaine liberté de la part des comédiens pour qu’ils puissent explorer différentes possibilités de jeu. Ils ont ensuite travaillé plus en profondeur la pièce et les dialogues.

Ce spectacle, c’est quoi ?

À la fois une reprise et un « remake », la troupe reprend le texte de Corneille sans le réécrire, sans ajouter de nouveaux vers, mais en remaniant la structure de l’histoire. Bien évidemment, ils ont dû procéder à des coupes pour resserrer l’action autour du nœud principal de la pièce (qui est, selon eux, le problème d’éthique que relève le meurtre de Camille), et pour réduire le temps de jeu. Cependant, le plus gros du travail a été fait dans le déplacement et la diffraction de l’acte V.

Le Procès d’Horace, c’est quoi ?

La pièce originale suit un ordre chronologique « normal », c’est-à-dire qu’elle commence au début de la guerre civile entre Albe et Rome et se termine par le procès pendant lequel le roi Tulle doit juger Horace, le héros romain qui a tué sa sœur Camille en rentrant triomphant de son combat contre les Curiaces, les soldats albains.

La Cie Acte V a décidé d’ouvrir son spectacle sur le procès et d’en faire le fil rouge de son adaptation : entre les différents discours qui rythment le procès, ils reviennent à plusieurs reprises en arrière, comme s’ils faisaient des « flashbacks » et rejouent la fable de Corneille. Les Acte I à IV sont donc entrecoupés par l’acte V, le procès.

Pourquoi ils ont choisi de représenter ça ?

Par hasard. Les metteurs en scène suivaient un séminaire de Master donné par deux professeurs de l’Université de Lausanne qu’ils devaient valider par un travail de recherche de leur choix. Le séminaire traitant de pièces dites classiques, ils ont décidé d’étudier une œuvre théâtrale célèbre, mais presque plus jouée aujourd’hui et d’essayer de cerner les raisons qui rendaient cette pièce encore aujourd’hui difficile d’accès. Leur choix s’est instinctivement porté sur Horace parce que ce texte leur est apparu comme riche en possibilités dramaturgiques traitant de thématiques encore actuelles. Ils ont alors imaginé une mise en scène « théorique » qui devrait permettre de régler les différents « problèmes » que pourrait poser cette pièce à un spectateur contemporain. Ainsi est né leur projet.

Quel est le but du spectacle, et quel public est visé ?

Aucun en particulier. C’est aussi dans l’intention de rendre la pièce accessible à tous qu’ils ont choisi d’adopter une diction plus « moderne » qui rend l’alexandrin plus familier.

Un but, ils n’en n’ont pas, mais des envies, oui : l’envie de faire (re)découvrir une pièce de Corneille trop peu jouée aujourd’hui aux spectateurs ; l’envie de montrer comment certaines thématiques résonnent encore, que certains problèmes de l’époque ont perduré. Aussi, la pression sociale et patriarcale que subissent tant les hommes que les femmes de la fable leur paraissait particulièrement intéressante à explorer.

Quel est l’atout de cette pièce ?

Il se trouve dans le traitement d’une pièce de Corneille que la compagnie propose : les classiques ne sont généralement pas touchés, c’est-à-dire que même si des metteurs en scène décident de les actualiser, cette actualisation ne se fait en principe que par les décors, les costumes, etc., et très peu par des modifications textuelles ou structurelles, ce qu’eux font. Non seulement la scénographie, qu’ils préfèrent ne pas dévoiler avant l’heure, « actualise » la fable et la fait résonner dans notre présent, mais ils ont aussi travaillé le texte en le disloquant, faisant de ce fait émerger des nouveaux sens, parfois inattendus. De plus, le système des flashbacks, qui est plus de l’ordre du cinéma que du théâtre, ajoute à la tension et au suspense. En effet, dès l’ouverture de la pièce, le public est confronté au corps de Camille et sera conduit à se demander tout au long de la pièce : comment en est-on arrivé là ?

Caitlin McIntosh

 Infos pratiques : Le Procès d’Horace de Pierre Corneille, mardi 8 mai à 20h à la Comédie de Genève (Grande salle), par la Compagnie Acte V.