Voici l’histoire croustillante d’une féministe hors pair. Née à une époque où la femme, alors considérée presque comme du bétail, subissait l’hégémonie masculine, la talentueuse et sulfureuse Yvette Théraulaz décide de mener sa révolte par le biais du théâtre et de la musique.

Dans Les années, la comédienne retrace les moments les plus marquants de sa vie, depuis sa tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. D’abord, c’est l’histoire d’une petite fille qui doit apprendre les bonnes manières sous le rythme d’une éducation stricte et étouffante. On lui demande d’être sage comme une image, silencieuse, respectueuse, aimante, docile…On lui dit qu’« une fille qui jure, c’est comme une rose qui sent l’oignon », on lui dit : « si tu tombes enceinte c’est direct la maison de correction », etc. puis les années passent, la petite fille grandit et mûrit. Soudain, toute cette amertume, toute cette colère, toute cette frustration qu’elle a contenues au fond d’elle-même éclatent avec l’arrivée de la révolte des féministes, dont au premier plan se placent Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Margueritte Duras, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, considérées (satiriquement) comme des « salopes » par le journal Charlie Hebdo, pour avoir décidé de défendre la cause des femmes. De là, la jeune et révoltée Yvette commence à nourrir des espoirs et des utopies. Elle croit en un avenir meilleur pour les femmes et s’engage corps et âme dans cette lutte.

Sur scène, Yvette Théraulaz est vivace, sublime, majestueuse ! Ses saisissantes interprétations musicales et les délicatesses de sa gestuelle emportent le spectateur tantôt vers l’émotionnel, tantôt vers l’humour. Parfois, pour amuser son public, elle s’exprime avec le ton d’une petite fille, «Elle te plaît pas cette dînette ? / Tu n’aimes pas le rose ? / Habille ta poupée ! / Voilà ! une gentille petite maman…»[1], mais souvent, prenant une attitude plus sérieuse, c’est en grande penseuse féministe, philosophe qu’elle se fait entendre : «Si j’ai eu besoin de toi / Pourquoi donc crois-tu / Que ça te donne des droits / Sur ma tête et sur mon cul ? Non je ne ferai plus l’amour / Quand ça te chante à toi / Non je ne ferai plus semblant / De jouir pour te faire plaisir…»[2]. Au-delà de ses performances, il faut aussi souligner la complicité remarquable qu’elle entretient avec son pianiste, Lee Maddeford. À l’entendre chanter sur le rythme entrainant de Lee, on aurait cru une pluie torrentielle s’abattant sur la toiture d’une maison ; et à cet égard, la voix de l’actrice et les notes du pianiste viennent comme cette pluie, inondant le spectateur d’émotions jusqu’à son âme toute entière.

Les années, une pièce sensationnelle ! à voir et à revoir du 23 février au 23 mars 2016, au théâtre de Carouge.

                                                                                                                      Stéphane Kamenan

Infos  pratiques: Les années, une production de la Compagnie Horizon, Jeu: Yvette Théraulaz, accompagnée au piano par le compositeur et pianiste Lee Maddford.

Du 23 février au 23 mars, au théâtre de Carouge, salle Gérard-Carrat

Photo: © Guillaume Perret

[1] Extrait de sa chanson intitulée Taisez-vous mesdemoiselles.

[2] Extrait de sa chanson intitulée Viol.