Si vous n’en avez pas entendu parler via les réseaux sociaux ce week-end, l’information ne pourra plus vous échapper aujourd’hui : mercredi 25 novembre à 14h en B106 aura lieu l’Assemblée Générale des étudiant-e-s en Lettres.

En lisant cette courte annonce, une question vous brûle probablement les lèvres : une Assemblée Générale des étudiant-e-s en Lettres, pour quoi faire ? Et puis d’abord, une Assemblée Générale, c’est réservé aux associations, non ? Pourquoi est-ce que moi, étudiant-e lambda de la faculté des Lettres aurais besoin d’une assemblée générale quand je pourrais simplement me poser à la cafèt’ pour discuter de l’approchante sortie du prochain Star Wars après mon cours général d’histoire moderne? Pour répondre à ces questions, je vous propose un petit historique de la convocation de cette AG, et cela commence la semaine dernière.

Même si vous vivez dans un monde hermétique aux médias, si vous ne prenez jamais le pont du Mont-Blanc ou si vous portez un bonnet qui vous tombe sur les yeux – et les oreilles – vous n’avez pas pu ne pas remarquer qu’il régnait une certaine agitation en ville la semaine dernière. La raison : le vote du projet de budget 2016 et les réactions qu’il a suscité auprès des travailleurs du service public. Je n’ai pas le temps de m’étendre ici sur les détails du mouvement du service public[1] et du secteur subventionné, je me concentrerai sur la participation étudiante à ce mouvement. Car ce budget (et la politique budgétaire du canton de Genève en général) aura (et a déjà) une forte influence sur les conditions de formation et les débouchés professionnels de nous autres étudiants en Lettres.

En effet, le projet de budget 2016 tourne autour d’une question phare : la proposition de régler le déficit du canton par une coupe de 5% dans les charges de personnel. Cette mesure signifie une baisse significative des dotations financières de l’Université, qui, révisant son propre budget à la baisse, risque inévitablement de couper dans les secteurs les plus « faibles », donc la faculté des Lettres[2], dégradant ainsi les condition d’enseignement de notre si belle faculté et accentuant la concurrence entre les facultés. L’Université risque aussi, pour compenser le manque à gagner, d’augmenter significativement les taxes d’études (une mesure qui a d’ailleurs récemment déjà été évoquée par Anne Emery-Torracinta à l’Assemblée de l’Université[3]). De plus, elle prévoit un gel des embauches dans le secteur principal de débouchés de nos formations, c’est-à-dire le secteur public (qui n’inclut pas que l’enseignement, je le rappelle). Les plus cyniques d’entre nos lecteurs répondront sans doute que, dans les conditions économiques actuelles, chacun d’entre nous se doit de faire des efforts, que les lendemains qui chantent, c’est fini, et qu’il faut accepter ces mesures, puisqu’elles sont nécessaires au bon fonctionnement de l’État. Je leur répondrais alors que s’il est essentiel de faire des économies, il est tout aussi essentiel de faire des recettes. Or face à cette question, les mesures budgétaires de l’année 2016 sont plutôt déconcertantes puisque l’État prévoit la baisse des charges fiscales liées aux entreprises[4], soit une baisse des recettes. Comment donc ne pas s’insurger de ce système à deux vitesses, qui rend inefficaces – en tout cas, à un certain degré – les efforts que nous pourrions faire ?

Pour toutes ces raisons, de nombreux étudiants genevois ont participé la semaine dernière au mouvement de grève et aux manifestations des employés du secteur public et subventionné. La majorité d’entre eux étaient étudiants en Lettres, en Sciences de l’Éducation, en Sciences de la Société à l’Université de Genève[5], certains liés au monde associatif, d’autres non. Après une mobilisation menée un peu en dilettante, ils organisent ce mercredi une Assemblée Générale dans chacune de leurs facultés afin d’informer les étudiants au sujet de la nécessité d’une mobilisation étudiante forte, de discuter d’un soutien à la grève prévue le 1er décembre prochain et, le cas échéant, d’organiser la mobilisation étudiante au sein de ce mouvement. Ils vous invitent donc chaleureusement (et je me joins à eux) à les retrouver ce mercredi 25 novembre à 14h en B106[6].

Retrouvez l’évènement sur facebook ici

Merci à Galileo Monnet-Martin pour ses réponses à nos questions !

Anais Rouget

Photo: © Topo


[1] Sur ce sujet, vous pouvez (par exemple) consulter les articles de notre partenaire, TOPO :
http://topolitique.ch/dev/2015/11/11/soutenons-la-fonction-publique/

http://topolitique.ch/dev/2015/11/18/les-medias-information-ou-intoxication/

[2] Au sujet de la vulnérabilité des Humanités face à ces coupes budgétaires et à l’importance de ne pas laisser la situation économique mettre à mal l’enseignement desdites Humanités, qui sont, on le sait, essentielles au bon fonctionnement de notre société : http://www.unige.ch/lettres/fr/actu-coll-conf/carrousel/2013/revuepressehumanite/

[3] La question de l’augmentation des taxes d’études est de plus en plus discutée au sein des Universités et Hautes Écoles suisses : http://www.vss-unes.ch/?s=taxes+%C3%A9tudes&lang=fr

[4] La troisième réforme de l’imposition des entreprises telle que le canton de Genève veut l’appliquer.

[5] Mais aussi à la Haute École de Travail Social (dont les débouchés sont aussi particulièrement impactés par les mesures citées plus haut.

[6] Une Assemblée Générale de tous les corps de l’Université est aussi prévue lundi 30 novembre prochain à midi.