Les deux textes suivants sont les prises de positions des étudiants mobilisés de l’Université de Genève et de la Faculté des lettres, en soutien à la grève et aux protestations de la fonction publique et du secteur subventionné. Ils font part d’une profonde inquiétude sur l’avenir de l’Université.

Les étudiants développent ici les raisons pour lesquelles les lois et le budget 2016 défendus par les autorités cantonales sont problématiques pour le fonctionnement de l’Université et son accessibilité pour tous, dans une large diversité de disciplines. Le premier texte est adapté de la prise de position du Département d’Histoire Générale et a largement été repris par d’autres départements ainsi que les associations d’étudiants notamment. Le second texte a été écrit par les étudiants mobilisés de la Faculté des Lettres lors de leur piquet de grève, mardi 1er décembre dans le hall d’Uni-Bastions.

R.E.E.L., en tant que revue étudiante, se doit de publier ces textes qui concernent directement la Faculté des Lettres et l’ensemble de l’Université de Genève, et d’offrir ainsi une tribune aux étudiants mobilisés. Elle a aussi décidé de se positionner sur ces problématiques qui touchent directement les étudiants, en signant le premier texte pour les associations d’étudiants, aux cotés de l’AEFRAM et de l’AEHG.

En soutien aux mobilisations de la fonction publique

Les étudiant-e-s ont appris les récentes initiatives du Conseil d’État et du Grand Conseil (PL 11398 dit « Personal Stop », PL 11594 dit « autonomie » et le projet de budget 2016 du canton). Ces différents projets toucheront les étudiant-e-s et l’institution à laquelle ils sont affilié-e-s. Les étudiants mobilisé-e-s tiennent par la présente à montrer leur opposition à ces différentes initiatives qui risquent de péjorer des conditions d’études déjà précaires et de mettre en péril l’avenir professionnel de nombre d’entre nous.

Pour aller dans l’ordre des textes, la loi dite « Personal Stop » (PL 11398) adoptée par le parlement cantonal le 11 novembre dernier nous interpelle par son caractère absurde. Elle prévoit en effet de lier l’engagement de fonctionnaires à la réduction de la dette. Toute ouverture de poste devra donc être liée à la disparition d’un autre. Cette loi ne tient en aucun cas compte de l’évolution démographique et se borne à fixer des objectifs chiffrés, sans se soucier des effets sur les services publics et donc sur la population. Elle met en péril l’insertion professionnelle des étudiant-e-s actuel-le-s et risque d’aggraver le chômage des jeunes.

Le projet de budget 2016 – qui vise à couper 5 % des charges du personnel de l’État – nous interpelle à plusieurs titres. Premièrement, cette coupe aveugle aura un impact sur nos conditions d’études. Pour les étudiant-e-s, il s’agit de moins d’enseignant-e-s et ipso facto de moins d’enseignements. Par cette mesure résultera par un appauvrissement de la diversité des cours. Il faut également s’inquiéter du risque que certaines filières d’études disparaissent, mettant en péril la diversité nécessaire d’une institution académique. Nous sommes également inquiets pour notre futur. Bon nombre de nos membres se destinent aux métiers du secteur public dont l’enseignement. Avec le flou régnant actuellement autour de la question de l’Institut universitaire de formation des enseignants, ajouter le non-remplacement d’emplois publics rend notre futur hasardeux au mieux, inquiétant au pire.

Finalement, le projet de loi sur l’autonomie en faveur des établissements publics médicaux et des hautes écoles est un pari risqué à ne pas prendre. En effet, le projet prévoit de confier l’échelle des salaires aux directions des institutions concernées, alors que les employé-e-s sont considérés jusqu’ici comme n’importe quel-le employé-e de la fonction publique. Qui peut affirmer que les conditions de travail au sein de notre alma mater resteront les mêmes ? Qui peut également assurer les différents corps de l’UNIGE – et des HES – que les salaires actuels seront maintenus ?

C’est donc à double titre que nous nous exprimons : en tant qu’étudiant-e-s (usager-e-s) et en tant que futurs employé-e-s potentiels (futurs prestataires). Les étudiant-e-s mobilisé-e-s, pour les raisons évoquées ci-dessus, soutiennent le mouvement initié par la fonction publique et le secteur subventionné. Ils tiennent à appuyer celles et ceux qui font vivre les secteurs essentiels à une société saine et plurielle. Ils appellent également à participer aux différentes manifestations prévues le mardi 1er décembre ; et à signer et faire signer le référendum sur la loi PL11398 (Personal Stop).

Les étudiant-e-s mobilisé-e-s de l’Université

Prise de position des étudiant-e-s en Lettres mobilisé-e-s

Nous, étudiant-e-s en Lettres mobilisé-e-s, sommes conscient-e-s que les mesures d’austérité proposées par les autorités touchent aussi bien les secteurs du social, de la santé ou de la culture. Nous sommes solidaires avec l’ensemble des corps de l’Université ainsi que l’ensemble de la fonction publique en protestation.

Le 25 novembre dernier, les étudiant-e-s de la Faculté des lettres se sont réuni-e-s en Assemblée Générale pour dénoncer les mesures d’austérité. Les autorités politiques du canton de Genève proposent une réduction drastique du financement de l’éducation publique (enseignement primaire, secondaire et tertiaire) ainsi qu’une réduction de 5% du personnel. Face à ces mesures, les étudiant-e-s ont décidé de voter le soutien à la grève de la fonction publique.

Ces mesures d’austérité s’inscrivent dans un contexte général largement défavorable aux sciences humaines. En effet, certains partis jugent qu’il y a trop d’étudiant-e-s en sciences humaines et sociales, ce qui témoigne d’une volonté profonde de restreindre à long terme les sciences humaines et sociales. Les mesures auront un impact direct résolument négatif sur la qualité de l’enseignement et de la recherche dans le domaine des études en Lettres. Ces dernières permettent d’apporter un éclairage indispensable sur nombre d’enjeux majeurs de notre temps, que ce soit le radicalisme religieux, les phénomènes migratoires, les rapports entre altérité et intégration, la mondialisation, etc. Les mesures d’austérité sont inquiétantes pour la Faculté des lettres à plus d’un titre : dégradation de la formation des enseignant-e-s du secondaire ; perte de la diversité des enseignements ; précarisation accrue et mise en péril de la relève académique. Elles remettent fondamentalement en question les conditions d’études qu’assurent la disponibilité des enseignants et un système de séminaires en groupes restreints favorisant l’échange et le développement d’un esprit critique.

Les étudiant-e-s seront par ailleurs touché-e-s par une réduction dans les bourses d’études de l’ordre de 4 millions mais aussi par une probable augmentation des taxes comme l’avait annoncée la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta lors d’une assemblée de l’université. Enfin, les perspectives d’embauche des diplômé-e-s en sciences humaines seront fortement compromises. C’est pourquoi les étudiant-e-s en Lettres resteront mobilisé-e-s pour l’accès à l’enseignement, pour une diversité de la formation universitaire et pour une Université accessible à tou-te-s.

Les étudiant-e-s en Lettres mobilisé-e-s

 

Crédits photo : Laurent Guiraud http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/suivez-direct-ag-fonctionnaires/story/10675246