Hé oui, le plaisir du travail bien fait s’enseigne, tout comme la découverte de la beauté dans des actions simples. Vous cherchez une introduction succincte et légère ? Retrouvez sans tarder Elzéard !

Le ciel est lourd et gris. Il pèse sur les quelques racines éparses qui percent le sol et recouvre d’ombres les troncs nus, juchés dans la terre. Le berger Elzéard Bouffier sillonne à travers les forêts qui n’en ont que le nom et accompagne, rassemble puis compte ses moutons. Tous se repaissent du calme provençal.

La marionnette s’anime et récompense ses bêtes par des caresses amicales. Le randonneur revêt son couvre-chef, quitte la fable de Jean Giono et nous rapporte, du bout de ses doigts, la rencontre avec le berger vers le milieu du XXe siècle.

Lorsqu’il ôte sa casquette, le randonneur devient, aux côtés de sa partenaire, l’agenceur du décor. Ils bondissent d’un tronc à l’autre et, tout en racontant, déroulent le décor. Chaque rouleau semble avoir le même motif qui prend toutefois une forme différente selon son agencement : un peu de feuillage d’abord, puis des pierres, ou des animaux aux carapaces grises. L’entrée dans le monde de Giono est sommaire mais se fait tout en douceur.

Fermant les yeux, la voix des deux marionnettistes est rassurante et se mue en celle d’un peintre qui tenterait de recréer un monde pour celui qui ne le voit plus ou celle qui accompagne l’enfant dans les songes, faisant surgir d’autres espaces pour calmer les angoisses de la nuit. Les mouvements gracieux et agiles des marionnettistes sont autant de raisons de vouloir croire à ce nouveau monde qui se dessine petit à petit.

La lenteur de la narration permet un écart dans l’attention et ainsi, nous comprenons mieux la vie imperturbable, sans agitation aucune, du berger. Le randonneur, comme s’il avait senti qu’il fallait alimenter son récit, nous confie alors le secret d’Elzéard, le secret des arbres.

Le berger plante sans relâche de jeunes chênes, à travers le temps et les divers conflits humains qu’il ne semble pas percevoir. Il construit un havre de vie et de paix au cœur d’un siècle dévasté et témoigne d’une « générosité sans exemple », d’un « caractère inoubliable »[1]. Le reboisement résulte en effet de sa seule volonté à enfouir les glands les plus beaux dans la terre. Le paysage s’empourpre tout à coup et on vient y papillonner, prendre du bon temps et oublier la guerre.

L’action humaine, parfois réfléchie et continue, accouche de fruits sains et vivifiants. Le spectacle repose toutefois sur une vision manichéenne entre l’homme seul, bon et honnête confronté à ses semblables, vindicatifs, avides de propriété et de rapidité explosive qui laisse le spectateur sur sa faim et l’on se demande ce que les jeunes spectateurs comprendront à travers le filtre de la patience olympienne du berger.

 Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques

L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono du 15 au 26 Novembre 2017 au Théâtre des Marionnettes

Tout public, dès 7 ans

Mise en scène : Sylvie Osman

Avec Pierre Blain et Erika Faria de Oliveira

Un spectacle de la Cie Arketal (FR), en coproduction avec Le Pôle Jeune Public au Revest les Eaux (FR) et Le Théâtre de Villeneuve-lès-Maguelone (FR).

Photos: ©TMG

[1] Giono, Jean : L’homme qui plantait des arbres, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1996, p. 6.