Je l’attendais depuis quelques mois cette rentrée universitaire… Bachelor en poche, elle devait en effet prendre une saveur bien différente : celle des grandes aventures !

Parcourir la moitié du globe en train pour rejoindre le froid glacial de Sibérie, traverser dans un nuage de poussière l’aridité du désert de Gobi, passer en Chine avec de faux documents et atteindre le fin fond du pays pour gravir l’une des montagnes réputées les plus dangereuses au monde, voici quelques récits de ces deux premiers mois d’un voyage autour de la planète.

Les 7’600 kilomètres en transsibérien devaient être la première étape de ce périple. Au départ d’une Russie aux traits européens, la richesse de ce voyage réside dans la découverte perpétuelle de nouveaux modes de vie au fil des paysages, qui se transforment progressivement jusqu’à un Extrême-Orient lointain. C’est une manière unique de prendre sans cesse part à de nouvelles visions du monde, qui évolue sous nos yeux et à travers ceux des autres.

(Place du Palais, Saint-Pétersbourg)

Saint-Pétersbourg fut le point de départ. Sous les splendides traits architecturaux d’une lointaine Italie, c’est une cité d’art qu’on contemple de jour et vit de nuit. Que ce soient les galeries de l’Hermitage, les splendeurs du théâtre Marynski ou la scène rock dissimulée dans des endroits improbables – comme d’anciens opéras en ruines – il y a de quoi faire avant de profiter des bars animés. Guidé par le hasard et les rencontres, j’assistai à de grandioses feux d’artifices dans les jardins du palais du tsar, m’approchai au plus près des activités militaires de la Baltique et retrouvai des amis d’un précédent voyage. Russes, Chiliens, Libanais, Coréens… Les occasions de faire de nouvelles connaissances sont innombrables en auberges de jeunesse. Voyageurs de différents horizons mais au même état d’esprit, nos chemins se croisent le temps d’une ville, se joignent lorsque les directions sont semblables, jusqu’à se séparer, et parfois se retrouver des milliers de kilomètres plus loin. Partir en backpack implique de quitter une vie pleine de repères et un foyer qui nous a vu grandir. On se retrouve soudainement dans des lieux inconnus, entre des villes de plusieurs millions d’habitants et des endroits les plus reculés. Malgré une idée globale de la route, l’immensité du monde qui se profile en permanence devant soi est telle que l’on avance sans savoir où l’on sera trois jours plus tard, en fonction des rencontres, des récits et de ce qui émane du lieu tout juste découvert. Les auberges deviennent alors des chez-soi aux mille opportunités qui réunissent des voyageurs partageant la même aventure, et si les relations sont brèves et chaque fois à reconstruire, elles en sont d’autant plus riches.

Après Saint-Pétersbourg, l’été indien de Moscou fut ma seconde destination. La gigantesque ville éblouit par ses vestiges soviétiques, qui continuent de se dresser dans le ciel en côtoyant un passé tsariste et religieux en résurgence. Les gratte-ciels staliniens et autres monuments à la gloire du communisme, se sont depuis longtemps fondus dans un paysage moderne, et les statues déboulonnées de Lénine ont été regroupées dans un parc avec d’autres reliques du passé. Le fameux personnage n’est finalement pas si effrayant que ça, exposé dans son mausolée de la Place rouge…
Reprenant le train-couchette, j’embarquai pour la province du Tatarstan et sa forte ethnie musulmane. Après deux jours d’arrêts pour visiter la capitale, je me dirigeai vers le lac Baikal et ses 600 kilomètres de long.

Le trajet en train pour y parvenir dure plus de trois jours – 86 heures sans escale. Le temps et les distances prennent une autre dimension, à laquelle s’accorde la vie à bord. C’est probablement ici que l’on découvre vraiment la Russie éloignée des idées reçues. La troisième classe, sorte de grand dortoir ouvert sur tout le wagon, est de loin celle à choisir. On y est un peu moins à l’aise que dans les compartiments privés, mais c’est l’assurance de partager nourriture et histoires avec ses voisins dans une ambiance animée en moins de cinq minutes. Dès lors qu’on connaît un minimum de russe (les adultes de plus de trente ans parlant rarement anglais), les amitiés se créent instantanément. Entre chaque repas, les jeux de cartes sont le meilleur moyen de passer le temps, et on apprend à se connaître autour de tasses de thé servies à longueur de journée. L’alcool est rare dans le train, pour deux raisons : d’abord il est strictement interdit à bord, et surtout il est assez peu courant dans la société, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. Si la vodka est versée généreusement en soirée, c’est le thé qui domine largement le reste du temps. Pour les repas de tous les jours, ne comptez pas boire du vin, un digestif ou même de l’eau, car vous n’aurez que des infusions. Il en fut de même à bord du train, les bières servies à neuf heures du matin étant évidemment l’exception confirmant la règle.
C’est donc ainsi que le temps s’écoula, et que les vastes steppes aux couleurs d’automne défilèrent à travers la fenêtre. Les températures chutèrent à mesure que l’on s’enfonçait en Sibérie, et les 25 degrés de Moscou laissèrent place au zéro. J’atteignis finalement Irkoutsk, aux abords du lac Baïkal, et rejoignis aussitôt une île 300 kilomètres au Nord, pour réaliser l’immensité du lac qui se perd dans l’horizon. Ce fut également une première prise de contact avec la Bouriatie, région proche de la Mongolie où les visages prennent des traits plus asiatiques et où les totems couverts de rubans colorés traduisent toujours la pratique du chamanisme.

Après un passage à Ulan Ude, où trône sur la place principale une gigantesque statue de la tête de Lénine, je quittai la Russie à bord d’un bus pour la Mongolie. Cette traversée d’un mois m’aura permis de découvrir davantage un pays contrasté. Si les gens sont ouverts et chaleureux, un malaise se manifeste pourtant vis-à-vis de la société. Ça commence par les Russes de mon âge qui seront plusieurs à m’avouer détester leur pays aux conditions de vie sans grandes perspectives. Cela s’est également traduit à Kazan, alors que je visitais la ville avec le fils d’une puissante famille. Lorsqu’il me présenta les magnifiques et nouveaux ensembles architecturaux de la ville, il en profita pour me montrer ceux bâtis à grands moyens de corruption et d’argent public détourné – celui destiné à l’origine aux pensions de retraite. Les somptueuses et centenaires maisons en bois d’Irkoutsk m’auront aussi émerveillé, jusqu’à que j’aie l’occasion d’entrer chez des familles de migrants kazakhs qui habitent les plus délabrées. Elles tentent de vivre sans eau courante dans des murs moisis à l’odeur insoutenable, et sans lumière naturelle à cause des fenêtres calfeutrées pour lutter contre un froid sibérien qui atteint les – 30°C en hiver.

Hugo Rivollat

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