Mais voilà déjà la Mongolie qui se profile ! Après les steppes paisibles, l’arrivée dans la capitale mongole fut brutale.  

Deuxième ville la plus polluée du monde, Oulan-Bator est laide, nerveuse et irrespirable. La circulation saturée se fait à coups de klaxons ininterrompus, les piétons doivent traverser les passages en courant et la multitude de yourtes installées entre les immeubles dégage une odeur de charbon dans toute la ville. L’abandon progressif du mode de vie nomade et l’enrichissement minier ont en effet provoqué ces dernières années une forte urbanisation et la capitale concentre aujourd’hui la moitié de la population du pays. Je tentai de m’en échapper au plus vite, et après une petite expédition dans une vallée à l’est, je rejoignis un groupe pour louer un van russe et partir dans le désert de Gobi. Entretemps, il me fallut déposer ma demande pour le visa chinois à l’ambassade. Étape particulièrement compliquée, je dus m’en procurer des faux afin de répondre aux exigences de l’administration. Le dossier étant finalement accepté, je pus partir vers le désert de Gobi en attendant que le précieux sésame soit délivré par l’ambassade.

Notre groupe prit donc la route du sud avec Basna, notre chauffeur qui connaît les pistes du désert comme sa poche. Alors que le nuage de pollution qui plane au-dessus d’Oulan-Bator s’éloignait, les paysages se transformèrent radicalement. C’est un tableau en deux teintes, avec des steppes infinies couleur ocre surmontées d’un ciel bleu que ne saurait perturber le moindre nuage. Les kilomètres défilèrent à toute allure au travers du nuage de poussière tracé par notre van dans ce décor à la Mad Max, dépassant de vastes troupeaux de chevaux et de chameaux imperturbables. Les yourtes ponctuent les paysages arides, d’où partent des Mongols à moto qui rejoignent leurs cheptels pour les conduire en d’autres pâturages. La Mongolie a façonné ses peuples, de Gengis Khan aux nomades d’aujourd’hui. Tous ceux qui n’ont pas rejoint la ville perpétuent les traditions ancestrales, et continuent à sillonner l’immensité de la steppe pour échapper à sa rudesse. C’est une Terre des hommes qui ne leur appartient pas, l’une de ces vieilles éditions qu’il est bien rare de trouver aujourd’hui. Émerveillés, nous gagnâmes progressivement des forêts de rochers d’où s’enfuirent à notre approche des dizaines d’antilopes du désert. Le soleil projetait ses derniers faisceaux, et il nous fallut déjà trouver une yourte pour passer la nuit. Ce fut le premier contact avec des nomades trouvés par Basna, qui nous accueillirent à proximité de leur campement tandis qu’un vent violent se levait sur le désert. Le temps d’allumer le poêle à l’intérieur, et nous ressortîmes pour admirer le plus beau ciel étoilé qu’il m’ait été donné de voir. Les astres étaient si nombreux qu’ils formaient un gigantesque dôme au-dessus de nos têtes, traversé d’une extrémité à l’autre par la voie lactée. Les étoiles filantes ne duraient pas le temps d’un clin d’œil comme celles que j’avais connues jusque-là, mais tombaient paisiblement des cieux pour aller se perdre dans des rochers lointains. Nous vécûmes cette atmosphère six jours durant, chacun apportant ses nouveaux paysages. Les cahots des pistes nous conduisirent d’un canyon autrefois peuplé de dinosaures à des dunes de sables improbables au milieu des steppes, en passant par des vallées encaissées où chevauchent fièrement les Mongols. Nous parcourûmes la distance sous les cris des aigles, lorsqu’ils n’étaient pas couverts par un disque de musiques mongoles lu en boucles pendant des heures. Le retour vers la pollution de la capitale fut amer pour tous, mais traduisait la beauté du voyage accompli.

Après avoir pris le temps d’une soirée pour récupérer, je pris un train vert et or pour la Chine avec une partie du groupe du désert de Gobi. J’admirai un dernier coucher de soleil sur les steppes désolées, qui bientôt retrouveraient le lac Baïkal, Moscou et Genève. Au réveil, la vue des gorges émergeant du brouillard attestèrent de la frontière traversée, et annonçaient Pékin…

La voici finalement ! Direction la grande muraille avec une famille de Français rencontrés à l’auberge, pour faire nos premiers pas sur le monument plongé dans les nuages. Le parcours est physique, avec des centaines de marches irrégulières et élevées (parfois jusqu’au genou). Les touristes chinois étaient nombreux, et il fallut marcher plus de deux heures pour leur échapper. La brume se dissipa alors doucement, laissant apparaître les pics des montagnes. Le soleil illumina finalement l’ensemble, permettant d’admirer la vue splendide de la muraille qui se profile sur les crêtes sans qu’il soit possible d’en voir la fin.

Durant cinq jours, je visitai Pékin. Agréable, la ville surprend d’abord par la quantité d’arbres et de parcs, où les chinois prennent plaisir à pratiquer leur t’ai chi, puis à se regrouper spontanément pour danser et chanter. Le Parc Beihai est l’un des plus emblématiques, avec sa multitude de pavillons chinois perchés sur une colline surplombant un lac en plein centre-ville. Circulation, rues et métros sont quant à eux particulièrement bien organisés… à l’image de l’ensemble sécuritaire. Le nombre de policiers est tout simplement impressionnant au centre, répartis à chaque coin de rue et parfois relayés par des milices civiles. Les alentours de la place Tienanmen sont les plus surveillés : les accès piétons sont volontairement entravés pour empêcher tout rassemblement, et barrières anti émeutes comme contrôles de sécurité sont prêts à être installés en quelques instants aux endroits stratégiques. Pour autant, l’ensemble autour de Tienanmen est loin d’être oppressant et reste assez discret. Presque suffisamment pour faire oublier les événements de 1989 et la crainte de les voir ressurgir.

La ville compte d’imposants trésors, comme la Cité interdite, qui nécessite une journée de visite tant elle abrite de palais dans ses cours intérieures. Les plus belles trouvailles se font néanmoins dans les hutongs : ces anciennes ruelles concentrent le cœur de la vie pékinoise, pleines d’une foule animée qui se presse sous les enseignes lumineuses des restaurants, quand ce ne sont pas des lanternes rouges encadrant les porches des vieilles maisons. Certains quartiers offrent un visage jeune, débordant d’énergie et de créativité, quand d’autres, plus paisibles, ne se laissent perturber que par le bruit des pétards le dimanche matin.

Quittant cette atmosphère, je repris la route avec la famille française pour rejoindre Xi’an et l’armée en terre cuite. Imaginez un peu : 6’000 hommes de taille réelle et aux traits tous différents alignés dans de gigantesques fosses pour accompagner le gaillard à son décès. « Seuls » 2’000 sont aujourd’hui exposés, car les fouilles débutées il y a quarante ans sont loin d’être terminées. Autre point d’intérêt que j’étais venu chercher : le Mont Hua Shan. Désigné par certains comme étant la montagne la plus risquée au monde, elle compte en effet de dangereux passages dont un qui se franchit au moyen de deux planches de bois avec 2’000 mètres de vide en contrebas… De quoi s’offrir quelques sensations !

Xî’an est une ville exceptionnelle pour peu que l’on prenne la peine d’y plonger. Il faut se perdre dans les couloirs qui forment une véritable ville dans les sous-sols des immeubles, avant de déguster un plat de nouilles aux épinards suffisamment épicées pour en pleurer, (les plus courageux finiront comme les locaux avec les gousses d’ail disposées sur la table). L’ancienne capitale millénaire est également renommée pour son quartier musulman à l’animation débordante. Le bruit de la foule couvre à peine le martèlement des confiseurs qui frappent sur une grande plaque métallique la pâte à nougat, pour ensuite l’étirer et la faire tournoyer dans la rue. Le long des remparts se concentre le quartier dédié à la calligraphie. On y trouve tout le matériel qu’il faut, entre énormes pinceaux et papier de riz. J’y ai eu droit à une initiation avec une étudiante chinoise : appréciez le résultat au bout d’un après-midi (ses pictogrammes à gauche, les miens à droite) !

Deux trains, cinq bus et un téléphérique plus tard, je gagnai le parc national de Zhangjiajie. Je vous laisse apprécier les images : sachez seulement que vous ne serez pas les premiers à y voir des scènes d’Avatar, ce qui n’est peut-être pas un hasard…

Hugo Rivollat

 

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