Dévoreurs de livres, Les Livrophages vous emmènent chaque semaine à la rencontre d’un ouvrage et d’un auteur différents. Aujourd’hui, avec Fabien Imhof, faites connaissance avec Les Inchangés, de Magali Bossi.

« Un éclair vrilla le ciel et un instant plus tard, la pluie s’abattait en torrent. Jurant et trempé, je courus me réfugier sous la devanture d’un grand magasin. Une image me flottait dans la tête : le sourire de Mina. Demain. J’irai demain. » (Monsieur la Mort – p. 89)

Les Inchangés. C’est le titre du premier recueil de nouvelles de Magali Bossi, écrites à l’occasion de son travail de maturité et publiées chez Cousu Mouche en 2009. Dans ces trois historiettes, le lecteur suit les membres du Bureau Général (la Mort, la Vie…) dans leurs tâches quotidiennes, leur travail. On y découvre comment fonctionne ce bureau particulier, qu’on pourrait résumer en un mot : le Destin. Seulement, les choses ne se passent pas toujours comme prévu…

Le Ballon. C’est ainsi que se nomme la première nouvelle. En prologue, on apprend qu’un certain Aidan est mort, observé par une personne qui sourit, à côté du cri d’effroi de l’infirmière découvrant la gorge tranchée du patient. Puis on suit sa vie, aux côtés de sa mère Christine, la relation avec son frère mort-né, sa vie d’adulte, jusqu’à ce qu’il sombre dans la folie… Dans cette vie, Irrène et Octav sont toujours présents. Ils sont les entités de la folie et de la douleur, qui l’accompagnent constamment.

Monsieur la Mort. Deuxième nouvelle. Narrée à la première personne, le lecteur voit à travers les yeux de la Mort Chez Magali Bossi, la Mort est un homme. Sa vie est simple : remplir des contrats, ôter la vie et… payer ses factures ! Tout va changer lorsqu’il fera la connaissance de Mina, une petite fille dont il doit se charger. Mais il en est incapable. S’attachant à elle, il refuse qu’elle meure si jeune. Qu’adviendra-t-il d’elle ? De lui ?

Neige et Cendre. C’est avec ce titre que le recueil se clôt. Elska, l’Amour. Elle forme et déforme les couples, selon les contrats qui lui sont attribués. Un jour, dans un café, elle fait la connaissance de Shinsetsu, la serveuse et de Kaori, sa fille. À force de visites répétées, elle finit par s’y attacher. Mais l’amour entre une mortelle et une immortelle ne peut exister…

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À travers ces trois nouvelles, Magali Bossi explore divers aspects de la vie : la naissance, la vie, la folie, l’amour, l’attachement, la douleur, le bonheur, les relations humaines, la mort… Dans une vision parfois poétique du Destin, elle personnifie chaque émotion, de l’Amour à la Folie, de la Douleur à l’Oubli. Chaque personnage a ses propres émotions, sa propre vie. Ils ne sont pas là que pour exécuter des contrats. En rapprochant ces concepts de tout être humain, elle montre la complexité des émotions, de la personne humaine aussi, de tout ce qu’elle ressent, de tout ce qu’elle est. Avec quelques touches d’humour, auxquelles elle nous a toujours habitués dans ses divers textes, Magali Bossi amène également une certaine légèreté, qui permet de ne jamais tomber dans un pessimisme plombant. Les nouvelles ne sont pas joyeuses, elles ne finissent pas bien. Mais là n’est pas l’important. Ce que je retiens, c’est tout le cheminement qui mène à des issues tragiques, des chemins tortueux qui passent par l’espoir, la douleur, la tristesse, l’amour et tant d’autres émotions. Ces chemins, ce pourraient être ceux de la vie de chacun. On a tous vécu des moments de doute, de questionnements, des périodes où l’on se cherche, des instants où l’on est perdu. À l’inverse, la vie est aussi pleine de moments de joie, de bonheur, de partage. C’est qui transparaît dans ces trois nouvelles. Magali Bossi parle d’émotions…et nous en procure ! C’est là le plus beau cadeau que peut faire un auteur à son lecteur. Pour cela, Magali, je te dis merci. Tu m’as emmené dans ce monde imaginaire, abstrait, des émotions, de la vie.

Pour conclure, je laisserai la parole à Martin Suter, dont une phrase exprime parfaitement ce que j’ai ressenti en lisant ce recueil : « Lire est la manière la plus simple, la plus efficace et la plus belle d’échapper à son environnement. »

Fabien Imhof

Référence : Magali Bossi, Les Inchangés, éditions Cousu Mouche, 2009.

Photos : © Magali Bossi (banner) et © Fabien Imhof (couverture)

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