Alors que certains pensaient voir en la globalisation l’évolution naturelle de nos civilisations modernes, le monde voit aujourd’hui resurgir de l’ombre des mouvements de rébellion contre cette idéologie.

Il nous faut nous rendre à l’évidence : tout le monde ne veut pas de la globalisation. De Donald Trump à Marine Le Pen en passant par Vladimir Poutine et Theresa May, nombreux sont les opposants à une disparition de la nation souveraine. Ils voudraient que les États-Unis appartiennent aux États-uniens, que la France appartienne aux Français, etc. Malheureusement pour eux, ils ne sont pas les seuls à avoir des velléités d’indépendance. Au sein même de leur territoire, certains mouvements de contestation se sont levés et cherchent à se séparer d’un pays dans lequel ils ne se reconnaissent plus…

Le Brexit ou la fausse déception

Vous vous souvenez certainement que l’Écosse avait lancé un référendum en septembre 2014 pour se séparer du Royaume-Uni. À l’époque, les Écossais avaient choisi, avec 55% des votes, de rester liés à l’Angleterre. Mais voilà qu’aujourd’hui, la promesse d’une nation écossaise refait surface avec plus de force encore que trois ans auparavant. On pourrait penser que c’est là faire preuve de précipitation, mais un nouveau poids s’est ajouté à la balance : le Brexit. En effet, les Écossais s’étaient annoncés contre la sortie de l’Union Européenne à plus de 60%, ce qui évidemment donne l’espoir à la faction indépendantiste de retrouver cette majorité dans les urnes lors de son futur référendum. Cependant, il faudra sûrement attendre un certain temps avant de pouvoir enclencher une quelconque démarche dans ce sens. En effet, Londres, et en particulier la première ministre Theresa May, est fermement opposée à toute nouvelle tentative de vote, du moins dans l’immédiat. Il est vraisemblable de penser que l’une des conditions imposées sera d’attendre la fin des négociations sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’UE pour que les Écossais puissent aller voter en sachant exactement ce qu’ils ont à y perdre et à y gagner. Vu la rapide résurrection du mouvement, il est tout de même raisonnable de se demander si, à l’annonce du résultat des votations de juin dernier, toutes les larmes versées en Écosse étaient réellement sincères…

Les rebelles californiens face à l’Empire américain

Yes California, voici comment se nomme le mouvement qui ambitionne de quitter les États-Unis. On pourrait croire l’idée nouvelle, or, ce mouvement avait déjà été fondé en 2014. À l’époque, l’argument principal avancé était de nature fiscale, puisque l’état de Californie ne se voit redistribuer que 80% des impôts qu’elle paie à Washington, les 20% restants étant répartis dans les 49 États. Si ce parti commence à faire parler de lui tout récemment, c’est à n’en point douter dû à la ligne politique prônée par le nouveau résident du Bureau Ovale. En effet, si la Californie est l’État le plus peuplé outre-Atlantique, il faut aussi préciser que 56% de sa population est issue de l’immigration… La Californie, c’est aussi une terre de progrès et de technologie, puisqu’elle accueille en son sein les plus grandes entreprises au monde : Apple, Google, Yahoo, Facebook et plus encore. Il est donc compréhensible que les Californiens aient du mal à accorder leur violon à la musique régressive et conservatrice du nouveau gouvernement. Les raisons qui animent Yes California dans son combat sont, on le voit bien, loin d’être anodines. Sans compter que, d’après certains économistes, un hypothétique pays de Californie serait la 6ème puissance économique mondiale, devançant ainsi nos voisins français. Il reste néanmoins bien des obstacles sur le chemin de l’indépendance, et certains d’entre eux pourraient se révéler insurmontables. Le premier de leurs soucis se trouve dans leur Constitution : il leur est formellement interdit de se séparer des autres États. C’est pourquoi leur premier défi est, à l’heure actuelle, de récolter le nombre nécessaire de signatures pour pouvoir lancer un référendum qui aurait comme objet une révision de la Constitution californienne. En supposant qu’ils réussissent à organiser ces votations et qu’ils les remportent, il leur faudrait ensuite lancer un nouveau référendum qui porterait cette fois sur l’indépendance de l’État. Autant dire que l’Empire de l’Oncle Sam n’a pas encore à se préoccuper de l’embryon de rébellion californien. D’autant plus que Trump y a tout de même recueilli 32% de votants lors des élections, alors qu’il avait d’ores et déjà abandonné l’idée d’y faire campagne… Enfin, comme on l’entend souvent ces derniers temps, l’espoir est à la base de toute rébellion.

Ce ne sont pourtant là que deux mouvements parmi tant d’autres. Nous pourrions ainsi citer la Catalogne – qui semble être passée à la vitesse supérieure depuis que son ancien meneur, Arthur Mas, a été déclaré inéligible pour deux ans par Madrid – ou encore le Québec, qui attend patiemment son heure depuis son dernier échec en 1995, date à laquelle l’indépendance avait été refusée à 49,42% ! Même s’ils font moins parler d’eux, il serait aussi bon de s’intéresser aux nationalistes corses qui viennent tout juste de remporter les élections régionales en France et aux Flamands qui restent pour le moment embusqués en attendant le meilleur moment pour frapper.

En somme, nous sommes peut-être les témoins du début d’une nouvelle ère, une ère de morcellement et de séparation qui verra peut-être les grandes institutions comme l’UE ou l’ONU tomber et des pays tels que le Royaume-Uni, l’Espagne ou le Canada se déchirer et se diviser. Certains voient en ces changements le début d’une concurrence économique plus dynamique et plus saine, alors que d’autres, moins optimistes, pourraient y voir la fin du doux rêve d’un monde unifié.

Lam Hao Tuan

Sources :

Crédits photo : http://elcondefr.blogspot.ch/2014/11/les-independantistes-europeens.html