Loin de notre réalité d’étudiant, il existe des personnes qui ne se demandent pas si tous nos actes sont déterminés ou s’ils résultent simplement du libre arbitre. Non pas qu’ils en aient pas les capacités, loin de là, mais parce qu’ils doivent penser à leur survie et essayer d’oublier à quel point c’est difficile.

Tout le monde voit des personnes mendiant dans la rue pour gagner de quoi manger et chacun sait que cet état de fait existe dans toutes les régions du monde. Aujourd’hui, je vous emmène à Montréal où une certaine somme de matérialisme capitaliste (l’argent) m’a permis de passer mes vacances. Deux semaines loin de la Suisse, mais pas loin de la pauvreté.

C’est le mardi 9 janvier que j’atterris à Montréal, grande ville du Canada peuplée par de fiers québécois à l’accent chantant. Il y fait un petit -9 degrés. Petit parce que -9 degrés c’est plutôt bon pour la saison. Les grandes, les vraies températures d’hiver, sont aux alentours du -20 voire encore plus bas et ce n’est pas rare. Toujours est-il que je sors du bus en provenance de l’aéroport et que je vois une personne faisant la manche. J’ai mes valises et je suis en charmante compagnie alors j’ignore ce premier pauvre homme. Cependant une petite pensée me traverse l’esprit : comment peut-on tenir toute la journée, sans gants ni habits chauds, dehors, par une telle température ?

Peu à peu, je découvre Montréal : ville de gauche (si on peut dire ça ainsi), semblant à la pointe du progrès social. Ce qui ne m’empêche pas, à mesure que les jours passent, de constater qu’on y voit des gens dans le besoin à chaque station de métro, dans toutes les grandes rues et qu’il y en a de nouveaux chaque jour. Triste réalité qui ne peut que me toucher tellement elle est présente, malgré la générosité des habitants de la ville. Essayez de leur demander un service, ils s’empresseront de l’exaucer au plus vite. Générosité qu’on retrouve même dans le langage : le vouvoiement est souvent mis de côté, remplacé par le tutoiement prompt à effacer les distances. Pourtant des hommes des femmes, jeunes, vieilles et de tous horizons quémandent dans la rue.

Souvent de quoi manger, mais pas toujours. Une personne me dit qu’à une époque, elle prenait les surplus alimentaires de son travail pour les distribuer aux mendiants. Elle avait été étonnée par le nombre refusant cette nourriture. La même histoire m’avait été rapportée d’Italie et j’ai également été confronté à ce type de refus. J’ose espérer que ces pauvres gens sont nourris par quelques bons samaritains mieux organisés aux 4 coins du monde. Alors que demandent-ils ? Souvent de quoi s’acheter à boire ou à fumer. Lorsque l’on n’a rien, hormis un quignon de pain, on essaie de tenir comme on peut et c’est en s’enivrant pour oublier les problèmes ou en fumant pour trouver quelques minutes de soulagements. Parce que c’est ça qui leur fait tenir durant l’hiver : les quelques paradis artificiels encore à leur portée, mais qui restent malgré tout de très maigres consolations.

Les mendiants sont polis… la plupart du temps. Les autres sont justement harassés par leur vie difficile ou pire : semblent en proie à différentes pathologies mentales. Ce qui n’est pas très étonnant. Après des années sans stabilité, à vivre au jour le jour, le plus souvent sans contact humain décent, seule une poignée d’entre nous pourrait garder une santé mentale digne de ce nom. Mais soudain, il me vient à l’esprit un constat encore plus sinistre : et si c’était une pathologie mentale qui les avait conduits à la rue ? Des personnes pas assez équilibrées selon les normes de nos sociétés seraient rejetées comme des parias, condamnées à errer dans les rues avec pour fardeau leur misère et leur maladie. Pensez à cet homme qui passe le plus clair de son temps à vociférer aux alentours des Bastions. Qu’est-ce qui l’a conduit ici ? Malheureusement je n’ai pas la réponse à cette question et je m’engage à la lui poser s’il ne trouve pas cela trop indiscret.

Mais revenons à Montréal ! Lors de mon second jour dans cette ville, la personne m’accompagnait m’a indiqué un groupe de sans-abris en précisant qu’il s’agissait d’autochtones. Des descendants de peuples arrivés bien avant les conquêtes européennes. Ils font partie des franges de la population les plus défavorisées. Pourrait-on parler de colonialisme moderne ? Ici, je ne ferai que soulever la question, je vous laisse trouver votre propre réponse.

Je finirai cet article en vous fournissant plusieurs liens qui vous ferons prendre connaissance des moyens mis en œuvre pour aider les sans-abris aussi bien à Montréal qu’à Genève. Prenez 5 minutes pour y jeter un œil et peut-être vous engagerez vous bénévolement dans une de ces bonnes œuvres !

Gabriel Leutzinger

http://www.hospicegeneral.ch/fr/appartement-gabrielle-sabet-point-jeunes  à appartement d’hébergement d’urgence pour jeunes adultes genevois

http://lecare.ch/fr/ à centre d’aide pour les personnes précaires (soins, repas et activités)

http://www.lavirgule.ch/ à centre d’accueil pour hommes adultes à Genève

http://www.coeur.ch/v4/index.php à foyer d’accueil pour femmes adultes avec ou sans enfant de Genève

https://danslarue.org/ àorganisme venant en aide aux jeunes sans-abris à Montréal

http://cabm.net/taxonomy/term/52 àassociation de bénévoles pour accueillir les sans-abris montréalais

https://www.accueilbonneau.com/ àorganisme d’accueil et de réinsertion des personnes à risques et des sans-abris de Montréal

https://www.facebook.com/PortraitsDeMontreal/ à page facebook récoltant des témoignages de vie d’habitants de Montréal de tous horizons, notamment des sans-abris.

Photo: http://www.lapresse.ca/archives/