En ce moment au Théâtre du Grütli, découvrez Angels, un spectacle construit grâce aux récits de personnes issues des différentes communautés vivant à Los Angeles.

Le spectacle commence par une vue aérienne de Los Angeles, projetée sur l’écran au fond de la scène. Pierre-Isaïe Duc, seul comédien présent, se colle à l’écran. Il fait partie intégrante du tableau. Alors qu’il incarnera tour à tour Dorothy, Vince, Ali, Simon et bien d’autres, tous issus de communautés étrangères de Los Angeles, immigrés ou descendants d’immigrés, on comprend bien vite que ceux-ci font partie de cette ville, qu’ils sont cette ville. Un point commun les rassemble : le salut qu’ils espéraient trouver en s’installant aux États-Unis, dans la cité des anges. Alors, quand l’acteur prend la parole, on se tait et on écoute.

On écoute le récit de chacun. On écoute la musique de Blaine Reininger (Tuxedomoon). On écoute les bruits de la ville. On écoute, on imagine, on réfléchit et, surtout, surtout, on ressent. Les mots voguent sur la scène, ils nous racontent une histoire. Mais ils ne sont pas les seuls. Chaque son – qu’il soit écho de la rue ou passage musical – y contribue. L’intellect n’est pas le seul mis à contribution. C’est la sensibilité du spectateur qui fait le travail, à partir des récits.

Quand Pierre-Isaïe Duc raconte – à la première personne, puisqu’il lui prête sa voix – la vie de cet immigré musulman du Bangladesh après les événements du 11 septembre 2001, on ne peut s’empêcher de tracer des parallèles avec aujourd’hui. Après les attentats, cet homme est resté cloîtré chez lui pendant plus d’une semaine, par peur de représailles dues à l’amalgame. Il a dit à tout le monde qu’il était chrétien, par honte et par crainte de revendiquer sa croyance. Alors on s’imagine ce que peuvent vivre les musulmans d’aujourd’hui, victimes des amalgames avec les extrémistes. Et on compatit…

Entre chaque prise de parole apparaît à l’écran la personne au nom de laquelle le comédien parle. On attend, au milieu des sons de l’endroit où il se trouve ou de la musique de Blaine Reininger. Certains y verront des longueurs insoutenables. Il faut certainement y voir le temps d’accepter, d’encaisser ce qui vient d’être raconté. Les récits sont durs. Ils sont le quotidien de ces personnes, venues chercher une vie meilleure à Los Angeles, dont les rêves sont déçus et qui œuvrent chaque jour pour offrir la meilleure situation possible à leurs enfants. Les temps d’attente permettent aussi d’imaginer le récit qui arrive. On a beau essayer, on n’y parvient jamais vraiment. La surprise est toujours au bout.

Immigrés, enfants d’immigrés, la vie des habitants de Los Angeles n’est pas toujours facile. Malgré cela, ce sont eux qui font Los Angeles, ce sont eux qui sont Los Angeles, C’est ce qui ressort de ce spectacle bouleversant. Certains s’y sont peut-être ennuyés et d’autres s’y ennuieront certainement. Toutefois, si vous êtes sensibles à ces thématiques, si elles vous concernent, vous touchent, n’hésitez pas : allez au Grütli, asseyez-vous pendant 1h30 et écoutez.

Fabien Imhof

Infos : Angels, d’Alexandre Simon et Cosima Weiter, au Théâtre du Grütli du 21 avril au 3 mai.

http://www.grutli.ch/Spectacles/view/69#.VT06L5OgT3c

Crédits photo : Christian Lutz