Quatorze ans après la première de Love Actually, BBC One diffusera ce soir à 19h (heure britannique) une suite, dans le cadre du programme Red Nose Day de Comic Relief – une organisation de charité fondée par Richard Curtis lui-même. La suite sera un court-métrage de dix minutes où presque tout le casting original sera présent.

I feel it in my fingers, I feel it in my toes… qu’est-ce que vous ressentez ? Est-ce que vous ressentez de l’amour ? Est-ce que ces paroles vous font sentir quelque chose ? Je ne crois pas que le but de The Troggs – bien que la version du film soit du groupe Wet Wet Wet – était d’écrire un hymne à l’amour et encore moins une mélodie qui nous fera toujours penser à Noël et une chanson qui restera liée à une des comédies romantiques les plus connues de l’histoire du cinéma. Love Actually ne sera jamais un essai sur la vie et sa narration n’aura jamais le talent de la plume de Jane Austen, sa réalisation ne peut pas non plus être comparée à la complexité et l’imparfaitement beau d’un scénario de Linklater, mais personne ne peut nier que c’est un culte à l’amour comme peu d’autres. Maintenant, quatorze ans plus tard, grâce au court-métrage que la BBC diffusera cette nuit, on a le privilège de jeter un coup d’œil, un petit regard sur sa continuité immuable. Comme les meilleurs romans d’amour, Love Actually reste intemporel.

Réalisée en 2003, Love Actually est l’œuvre qui a fait de son auteur, Richard Curtis, un des plus grands scénaristes romantiques de notre temps. Nombreux sont ceux qui disent que le secret de son succès n’est autre que Hugh Grant et je ne les blâmerai pas car la réputation de l’acteur britannique est née avec Curtis, et celle de Curtis avec lui. Est-ce que quelqu’un peut imaginer Quatre mariages et un enterrement (UK; Newell, M.; 1994) sans les succès et malheurs de Charles (Grant), écrits d’après un scénario de Curtis? D’ailleurs, la scène de Love Actually où Colin (Kris Marshall) dit accidentellement à la cuisinière d’un mariage que sa nourriture est mauvaise était une scène originale et coupée de Quatre mariages et un enterrement avec Charles dans le rôle de Colin. Coup de foudre à Notting Hill (US; Michell, R.; 1999) et Le Journal de Bridget Jones (UK, US, FR; Maguire, S. 2001), ainsi que sa deuxième partie, seront les autres points commun entre ces deux grandes icônes du cinéma romantique britannique. Si dans tous ces films, Curtis n’était que le scénariste, Love Actually marque un pas en avant. C’est avec Love Actually que Curtis s’est vraiment révélé. Ce film a été, est, et sera toujours son opera prima, son travail le plus soigné, son premier film en tant que directeur. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Curtis a dit une fois, pendant une interview avec Radio Times, qu’il ne voudrait jamais faire la suite de son œuvre.

Il est impossible parler de tous les personnages d’un film si ambitieux qui a été pensé comme deux œuvres séparées et qui, finalement, met en scène dix storylines différentes. Quel est donc le point commun de toutes ces petites histoires ? L’amour, sans aucun doute. L’amour d’un père, l’amour d’un fils, l’amour idéalisé, l’amour impossible, l’amour coupable, l’amour interdit, l’amour d’une vie, l’amour qui tue. L’amour dans toutes ses formes : c’est cela ce qui importe dans le film. Il est certain que sans ce casting, il serait difficile de ressentir un tel sentiment de joie et de paix si propre à Noël, comme on le ressent à la fin du film. En effet, on peut trouver plusieurs films choraux qui, même avec le sujet de Noël, ne marchent pas. Love Actually n’aurait jamais été ce qu’il est sans Richard Curtis, Hugh Grant, Emma Thompson, Liam Neeson, Colin Firth ou Alan Rickman. Le mariage de Harry (Rickman) et Karen (Thompson), le qu’est-ce qu’il s’est passé ? si magistral que Curtis laisse complètement à notre imagination… Comme disait Jesse dans Before Sunset (US; Linklater, R.; 2004), les amoureux auront une fin et les censés une autre complètement différente. Malheureusement, on ne saura jamais ce qu’il s’est passé entre le couple, car Curtis et Thompson ont décidé de ne pas inclure cette intrigue à cause du décès de Rickman en 2016. Mais ils peuvent être bien sûrs que Harry et Karen seront présents dans nos cœurs cette nuit.

Ainsi, cette nuit, on verra si la magie de Love Actually est encore vivante, si Curtis et son équipe sont différents des autres reboots, remakes et suites qui sont à la mode aujourd’hui. Peut-être verra-t-on, ce soir, une nouvelle danse sur le rythme des Pointers Sisters ? Mais, il n’y a aucun doute qu’ils réussiront à montrer la magie de l’amour et de l’espoir, de tous ceux qui aident cette si belle et noble cause qu’est The Red Nose Day. Et n’est-ce pas cela l’esprit de Love Actually ?

 

Almudena Jiménez Virosta

 

Référence : Richard Curtis, Love Actually, Royaume-Uni, 2003. Comédie romantique britannique.

Photo : ©Richard Curtis, Love Actually, Royaume-Uni, 2003.