Il y a deux semaines, nous avions vu une tendance très présente dans le cinéma : utiliser un acteur à succès pour tenter de capitaliser sur son seul nom. Néanmoins, les acteurs ne sont pas les seuls concernés : le même procédé peut s’appliquer à des réalisateurs, à des scénaristes ou à des compositeurs, notamment. Lorsqu’une trilogie rapporte énormément d’argent, on est souvent tenté d’utiliser les hommes qui ont permis ce succès pour un autre film. Dans quelques cas, cela marche, mais souvent cette méthode ne donne rien de bon d’un point de vue cinématographique, puisqu’engendrer un film lucratif ne signifie pas être capable de faire un bon film sur un sujet différent.

Le film dont nous allons parler aujourd’hui répond très bien à cette problématique. Il s’agit de Man of Steel, adaptation du comics Superman. Si le réalisateur est Zack Snyder, on retrouve surtout une bonne partie de l’équipe de la trilogie Batman : Hans Zimmer à la musique, David S. Goyer au scénario et surtout Christopher Nolan comme producteur et concepteur de l’histoire utilisée pour ce film. L’annonce de cette association a suscité d’importantes inquiétudes chez les fans, puisque s’il s’agit de deux films de super-héros, Batman et Superman sont aussi opposés que le jour et la nuit. Vouloir transposer les valeurs de l’un pour l’autre, c’est l’assurance de se tromper.

Force est de constater que ces inquiétudes, pourtant renforcées par les premières bandes annonces, sont fausses : si le film est certes plus sombre que ses prédécesseurs, il n’en est pas moins conforme à la tradition de Superman. Si l’adaptation n’est bien évidemment pas totalement fidèle aux comics, elle n’en est pas moins beaucoup plus proche de la tradition que ce que l’on aurait pu craindre. Le problème est ailleurs.

En effet, il y a bel et bien un problème dans ce film. Celui-ci se résume en une phrase, tirée du générique : « D’après une histoire de Christopher Nolan et David S. Goyer ». Si Man of Steel conserve les principaux traits de Superman, son scénario est malgré tout très marqué de la patte de Nolan, que l’on retrouve dans quasiment tous ses films. Pour la résumer : une excellente idée de base, mais qui s’effondre à causes de détails mal pensés.

Pourtant, le film pose deux bonnes questions : premièrement, celle de la place d’un surhomme dans la société. Du début à la fin du film, de nombreux avis sont donnés par les personnages sur la place que devrait occuper Superman sur Terre. Celui-ci est torturé par ces questions et montre à plusieurs reprises son incertitude quant au rôle qu’il doit jouer. Si cette problématique peut sembler artificielle, elle n’en est pas moins pertinente, surtout dans un film traitant de l’homme de fer, censé être l’un des super-héros les plus forts existant. La seconde question nous concerne plus directement, plus qu’il s’agit d’ethnocentrisme. En effet, Superman et l’ennemi retenu pour ce film, le général Zeod, n’ont pas des objectifs si différents : chacun tente d’agir dans l’intérêt de sa propre planète, Zeod désirant faire renaître Krypton alors que Superman préfère défendre la Terre, trahissant ses origines.

En soi, ces deux problématiques sont très intéressantes et semblent dénoter une profondeur importante pour ce film. Cependant, cela ne fonctionne aussi bien que via un résumé : lorsque l’on regarde ce film, il est impossible de se sentir concerné par ces deux questions, parce qu’il y a trop de petites phrases mal pensées qui les rendent ridicules. C’est comme si le scénariste, en l’occurrence David S. Goyer, oubliait par moments les questions que le film était censé poser ou qu’il cherchait à retomber sur une perception beaucoup plus manichéenne des évènements.

En fait, il arrive la même chose au général Zeod qu’à Ra’s Al Ghul, Harvey Dent ou Bane : une bonne idée de départ, mais si mal finalisée qu’il est impossible de trouver une logique aux motivations de ces personnages. C’est dommage, ce d’autant plus que comme d’habitude avec Zack Snyder, la réalisation est exceptionnelle. C’est elle qui sauve le film du navet complet, mais aucun réalisateur ne pouvait compenser ces dialogues mal pensés, quel que soit son talent.

Au final, on ressort de ce film avec une impression très mitigée. Comme l’a dit Benzai[1], on trouve dans Man of Steel le « meilleur de Snyder et le pire de Nolan ». On obtient un film très bien réalisé, mais bardé de défauts mineurs qui le gâchent presque complètement. Les amateurs de Nolan ne seront pas forcément déçus, puisque les tares présentes le sont dans la quasi-totalité des œuvres de cet homme, même celles qui sont encensées par les critiques. En revanche, pour ceux qui sont fans de Zack Snyder, la déception est non négligeable : sans être un mauvais film en soi, Man of Steel est très loin des meilleurs films de ce réalisateur.

Référence : Man of Steel, scénario de David S. Goyer, d’après une histoire de Christopher Nolan et David S. Goyer, 2013.

 

Pierre-Hugues Meyer