R.E.E.L. – Revue Écrite par les Étudiant-e-s en Lettres

Ô mes théâtres

Une pièce sur Barbara… un hommage, encore un ? Pas vraiment. Une mise en scène de ses meilleures chansons ? Ce n’est pas exactement cela. Ma Barbara est en fait une sorte de conversation entre deux petites filles, entre une adolescente et une femme d’âge mûr, entre deux amoureuses de la vie, de la passion et de la scène. Tendre et déchirant.

Le plateau est épuré, quelques plateformes disposées çà et là, une longue écharpe rouge et un piano caché. Dès l’instant où la comédienne entre en scène, on plonge avec elle dans son passé et l’on découvre le grand amour de sa vie : Barbara. Les mots qu’elle déploie pendant près d’une heure et demie, ce sont les siens, ceux de la chanteuse, mais aussi les miens, ceux de mon voisin, du public de la Comédie, du public de Barbara ; et c’est là que demeure la force du spectacle interprété par Yvette Théraulaz : elle nous incarne toutes et tous à la fois, elle nous touche au plus profond de nos sens car ce sont nos émotions qu’elle met à nu sans pudeur sur scène.

Loin d’être un spectacle musical basé sur la discographie de Barbara, la plupart des morceaux que l’on entend durant la pièce sont des textes d’Yvette Théraulaz elle-même, chantés par la comédienne et accompagnés au piano par Lee Maddeford. Lorsqu’elle convoque Barbara, c’est avant tout pour la faire résonner dans son parcours de vie. Elle nous propose alors un éventail de chansons qui vont des standards – Mon enfance, L’aigle noir ou encore Vienne – à des textes moins souvent sélectionnés pour les concerts, comme Soleil noir ou Ô mes théâtres. Elle les mêle à des confessions d’une sincérité rare, qu’elle nous livre sans complexe, et à ses réflexions sur la société, sur la femme et la féminité, sur l’amour et les hommes. Certains pourront se trouver embarrassés ou heurtés par la franchise parfois crue de ses discours, pourtant je trouve admirable d’oser s’adresser ainsi au public, sans ménagement, afin de le choquer, de le réveiller et de le rendre conscient des réalités qui l’entourent. Son féminisme ne dérange pas, il scandalise, au meilleur sens du terme.

La mise en scène est sobre, les lumières changent au gré du ton de la comédienne et pour ce qui est des costumes, Yvette Théraulaz rend hommage à Barbara en étant vêtue entièrement de noir, un joli contraste avec son enthousiasme poignant et sa gaieté à toute épreuve.

Plus la pièce avance, plus l’on est ému face aux paroles que l’on reçoit sans réserve et qui nous transportent à travers les décennies dans la vie des deux protagonistes.

Lorsque la fin arrive, on est tout étonné que le spectacle se termine et déjà mélancolique à l’idée de quitter l’univers d’Yvette Théraulaz, qui nous laisse sur la chanson obligée des fins de concerts de Barbara, je vous laisse deviner laquelle…

En bref, une pièce qui a valu le coup d’être reprise pour la seconde fois à la Comédie de Genève, et de laquelle on sort chamboulé, touché et durablement enchanté !

Infos pratiques :

Ma Barbara, de Yvette Théraulaz, du 14 au 16 décembre 2017 à la Comédie de Genève.

Mise en scène : Philippe Morand

Avec Yvette Théraulaz, accompagnée par Lee Maddeford

http://www.comedie.ch/ma-barbara-17-18

Photos : © Carole Parodi