Vendredi 18 mai, 18h, Studio André-Steiger. Le public entre dans la petite salle. Sur scène, on distingue quelques silhouettes, assises là, à nous attendre. Tout le monde est intrigué, mais rejoint calmement sa place en attendant le début. Les lumières de la salle s’éteignent, celles de la scène s’allument. Un silence et…c’est parti.

La narratrice prend la parole. Ses premières paroles sont vagues. Il faut un peu de temps pour s’habituer à l’allemand dans lequel est jouée cette pièce. On s’y fait vite, on se prend rapidement au jeu. On est tellement transporté par ces voix qu’on en oublie presque de regarder les surtitres pour comprendre ce qu’on nous raconte. Là, sur la scène, la narratrice présente Parzival, héros de la pièce éponyme. Puis c’est le chaos. Chaque acteur se lève, se tient droit, sans bouger, et récite un texte. On se perd dans un brouhaha général. Ne vous y fiez pas, la mise en scène est superbe. Cette fois, ça y est, on entre dans l’univers de Lukas Bärfuss.

Parzival, c’est l’histoire d’un garçon « bête mais beau ». Il est élevé à l’écart du monde, dans la forêt, par sa mère qui veut le protéger de la réalité. Un jour, alors qu’il chasse des cerfs, il fait la connaissance de deux chevaliers, qu’il prend pour Dieu. Après cela, il veut devenir chevalier. La pièce raconte son histoire.

Pour vous donner une idée du caractère du personnage, pensez au Perceval de Kaamelott. Au-delà de sa stupidité apparente, on découvre un garçon qui s’émerveille pour pas grand-chose, innocent, et qui veut toujours bien faire. Malgré toute la bonne volonté du monde, il se trompe toujours. Et quand on lui apprend à faire les choses justes, c’est faux quand il les applique. Ces deux versants du personnage – stupidité et volonté de bien faire – sont excellemment bien joués par Valentin Decoppet. Cette dualité se retrouve également dans l’univers de la pièce. L’histoire est plutôt tragique. Le public oscille entre rire et émotion. Parfois drôle, parfois touchant, ce Parzival est une franche réussite.

Mais Parzival ne se résume pas à son seul (anti-)héros. C’est toute une mise en scène, travaillée dans les moindres détails par Rebecca Frey et Malou Ockenfels. Je peux en attester. Pour avoir assisté à une répétition, trois semaines avant le spectacle, j’ai pu me rendre compte de l’évolution de certaines scènes, que ce soit au niveau de la gestuelle, du regard, de l’expression des comédiens. Il y a un véritable souci du détail au sein du Theatergruppe de la section d’allemand de l’UNIL.

Le casting n’était pas non plus évident. Chaque acteur ou presque joue deux ou trois rôles. Il faut gérer les changements de costume et les différences de jeu pour chacun. L’exercice est, là aussi, réussi avec brio. Un autre élément doit retenir l’attention du spectateur : les transitions entre les scènes. Comment procéder au changement de décor sans ennuyer le spectateur en éteignant simplement la lumière ? Les deux metteurs en scène ont trouvé là une excellente parade : des transitions en musique. Un thème, composé expressément pour la pièce, revient à chaque fois, joué au piano. Pour éviter une monotonie due à la répétition, l’accompagnement change. Le piano joue parfois avec une trompette, d’autres fois avec une flûte traversière, ou encore avec une basse électrique. À chaque fois, c’est également un autre acteur qui l’accompagne. Le thème de base revient toujours, agrémenté par l’improvisation du moment, comme nous l’a appris Kendra Simons, la flûtiste.

Je l’évoquais tout à l’heure, le spectateur oscille entre rire et émotion tout au long de la pièce. Le sujet est important. Parzival doit devenir un chevalier, trouver le Graal et sauver le monde, pour faire court. Pour ne donner qu’un seul exemple du contraste entre la gravité du sujet et l’innocence du héros, je ne peux résister à l’envie de vous raconter une scène. Durant l’apprentissage de Parzival, on lui demande de se concentrer et d’écouter ce que lui dit sa conscience. Tout ce qu’il entend, c’est, selon ses propres termes, qu’il a « besoin de chier. » Fou rire dans la salle. Ce seul exemple suffit à montrer le contraste, la dualité toujours présente entre rire et émotion.

Bref, c’est un Parzival à la fois drôle et touchant, brillamment mis en scène par Rebecca Frey et Malou Ockenfels, joué avec brio par tous ses comédiens, auquel j’ai pu assister vendredi à La Comédie. Une franche réussite. Je ne peux qu’apporter mes félicitations aux metteurs en scène pour cette première expérience du Theatergruppe. J’attends avec impatience la prochaine pièce.

 

Fabien Imhof