Chaque lundi, REEL vous offre dans ses pages numériques un éditorial. Tribune d’expression, cette chronique a souvent un pied dans l’actualité la plus immédiate. Elle reflète les opinions de son auteur(e), que la Rédaction s’engage à publier sans forcément toujours les partager.

Suite aux récents événements de Londres, j’ai décidé de répondre à une question que je me pose depuis un moment : pourquoi devrait-on taire le nom de ceux qui commettent des attentats ?

Salah Abdeslam, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly… ces noms résonnent certainement à vos oreilles. Et pour cause ils font partie de ceux qui ont commis – ou ont projeté – des attentats ces dernières années. Paris, Bruxelles, Nice, Berlin, Londres… mais aussi tous ceux dont on ne parle pas, en Syrie, en Turquie, en Iraq ou ailleurs, les attentats terroristes se sont multipliés depuis quelque temps. Et à chaque fois, c’est le même cirque dans la presse : qui a commis ces atrocités ? Comment en sont-ils venus à de telles extrémités ? Comment se sont-ils radicalisés ? De dossiers en reportages, les articles sont foison pour tenter de comprendre tout cela. Si le phénomène mérite une étude approfondie, il faut cependant faire attention à ne pas appliquer les mêmes filtres à tous les cas. Si nous n’entrerons pas ici dans une analyse approfondie de cela, l’édito du jour va se poser une question simple : pourquoi faut-il taire le nom de ceux qui commettent des attentats ? Une raison très simple : cela éviterait bien des problèmes, des tensions et autres montées de la peur au sein des populations occidentales. Dans cet édito, je me base uniquement sur ce qu’on trouve ici, en Europe, dans les médias et sur les événements qui se passent près de chez nous. N’oublions pas pour autant qu’il y aussi des attentats, même en plus grand nombre et plus meurtriers ailleurs. Voici cinq raisons qui me font dire que les médias devraient arrêter de publier leurs noms.

1. C’est leur donner une importance qu’ils ne méritent pas

On se souvient très bien du nom des agresseurs. Mais qui se souvient du nom des victimes ? Lors de rassemblements, ils ont été lus, prononcés, on leur a rendu hommage. Mais qui s’en souvient ? En lisant la presse, on trouve de nombreux articles sur les agresseurs. Si l’atrocité envers les victimes, la peine que l’on ressent, la compassion à l’égard des familles est mentionnée, pourquoi leurs noms reviennent-ils aussi souvent ? Non. Alors, les assaillants sont-ils plus importants que leur victime ?

Deuxième élément à retenir : selon une idéologie totalement biaisée avec laquelle on leur bourre le crâne, ils pensent devoir mourir en martyr. Être abattu par un policier après une prise d’otage, un attentat ayant fait de nombreux morts constitue donc la fin idéale pour ces monstres. Mais si leur nom n’est jamais mentionné, qui se souviendra qu’ils ont fini ainsi ? Qu’ils ont quitté ce monde comme ils le voulaient ? L’anonymat n’est-elle pas une pire punition ?

2. Il faut penser aux familles

Imaginez la peine d’une famille d’apprendre que son enfant est mort dans un attentat, qui plus est lorsqu’il en est l’auteur et qu’on n’en savait rien. Il faut non seulement accepter qu’il soit parti, mais aussi qu’il avait des convictions auxquelles on ne peut adhérer. Alors, respectons leur deuil et leur peine.

De plus, le risque de représailles est grand. Il est tout à fait possible qu’une famille de victime veuille se faire justice, ou au moins comprendre certaines choses. La violence engendre la violence, dit-on. Pourquoi serait-ce à une famille qui n’y est pour rien[1] de subir les conséquences de l’acte de son enfant, qu’elle a elle aussi – et même doublement – perdu ?

3. Il faut respecter le deuil des familles des victimes

On rend hommage aux victimes, on compatit à la peine de leurs familles. Vraiment ? Ne croyez-vous pas qu’il est difficile pour une personne ayant perdu un être cher, juste parce qu’il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment, de voir sans arrêt, à la télévision, dans les journaux, le nom et le visage de celui qui a tué ?

4. La stigmatisation est facile

On insiste souvent sur le fait que les assaillants se sont radicalisés avant de commettre les attentats. Le lien est souvent fait entre l’Islam et cette monstruosité. Pourtant, et cela est répété souvent, cela n’a rien à voir ! Je n’entrerai pas dans plus de détails là-dessus. J’ajouterai simplement qu’à force de mettre en avant des noms à consonance musulmane, en insistant sur la confession des assaillants, certains articles de presse contribuent à stigmatiser toute une communauté qui, dans sa grande majorité, cherche juste à vivre sa foi de manière pacifique et n’a rien à voir avec l’extrémisme.

5. Des articles se font à charge, sans vérifier les informations

Cette dernière raison mériterait évidemment un approfondissement. Je prendrai simplement l’exemple des récents événements de Londres. Les jours ayant suivi les événements, on a pu lire dans la presse que le suspect s’était converti, avant de se radicaliser en prison, que l’attentat avait été revendiqué par l’État Islamique… avant que tout cela ne soit démenti quelques jours plus tard. Aucune preuve de tout cela n’a été trouvée. Alors, et cela est une remarque que j’adresse aux médias en général, pas uniquement dans ce cas précis : avant de publier tout et n’importe quoi, il faut vérifier ses informations et surtout réfléchir aux conséquences que certains propos peuvent avoir.

J’en arrive au terme de cette réflexion. Il y aurait certainement beaucoup plus à dire, même si certains ne seront sûrement pas d’accord avec ce que j’écris, et je le respecte. Je vous renverrai simplement à un article du Monde, expliquant pourquoi certaines rédactions ont décidé de ne plus diffuser le nom et la photo des terroristes : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/07/27/des-medias-decident-de-ne-plus-publier-les-portraits-des-auteurs-d-attentats_4975341_3236.html

Fabien Imhof

Photo : © morguefile.com

 

[1] Je le concède, je simplifie peut-être un peu ici, mais on ne peut tenir l’entourage pour totalement responsable de la radicalisation d’une personne, même si le contexte y est certainement pour quelque chose.