C’est dans un décor ascétique et introspectif que se jouent Le Silence et Le Mensonge, deux courtes pièces de Nathalie Sarraute, mises en scène par Valentin Rossier ; pièces dans lesquelles les conventions sociales ainsi que leurs malaises sont minutieusement décortiqués.

LE MENSONGE

Qui, en société, n’a jamais eu recours au mensonge ? Ce mensonge arrangeant, suscitant l’intérêt, ou permettant de s’effacer sans remous ? Le mensonge est généralement connu et admis de tous, comme celui de Madeleine par exemple, cette bourgeoise se proclamant soudainement fille d’un prolétaire. Cela ne semble gêner personne, si ce n’est Pierre que l’hypocrisie indigne. Il ne peut s’empêcher de dénoncer cette vérité qui n’est reconnue ou condamnée d’aucun. Ses compagnons s’amusent de ce bouillonnement incontrôlable qui le saisit, et décident de le rendre insensible au mensonge en simulant celui-ci.

Cependant, le jeu tourne court lorsque Pierre décèle chez Simone un mensonge ne faisant pas partie de la comédie. L’embarras monte au fur et à mesure que l’intéressée nie avoir menti. Lorsque finalement Simone cède, le ton ironique qu’elle utilise pour minimiser son mensonge met Pierre hors de lui. Ainsi, une vive critique est faite quant à la place de la vérité et du mensonge en société. La vérité ne dépend plus que de la perception de l’interlocuteur et devient une notion toute relative. Le rôle majeur qu’occupe le mensonge au sein des interactions sociales est quant à lui dénoncé, puisqu’il est accepté comme une norme, voire même un fondement, sur lequel se base le tissage de nos liens humains.

La transition entre Le mensonge et Le Silence est très brève et presqu’imperceptible, d’autant que les deux pièces sont fortement liées…

LE SILENCE

Il n’y a rien de plus déroutant qu’un silence s’insinuant au sein d’une conversation ou faisant suite à un récit. En effet, le silence pousse soudainement à l’interrogation, au doute et à l’introspection et ce au milieu des gens qui nous entourent. On ressent soudain ce moment de solitude, on cherche à comprendre, à recevoir l’approbation du groupe. D’ailleurs, lorsque Jean-Pierre ne réagit que par le silence à une tirade, celui s’étant exprimé finit par se morfondre et réagir de manière excessive à ce silence, qui le trouble et l’effraie. Cette crainte se transmet petit à petit au reste du groupe et ne fait que s’accentuer. Ainsi, le publique finit même par ressentir de la compassion pour l’orateur et l’étrange solitude qu’il ressent.

Si le mensonge est accepté dans nos sociétés, non pas comme valeur, mais comme moyen d’échapper à une situation préoccupante, le silence apparait, quant à lui, comme une arme efficace contre tout moment d’embarras.

Cindy Luthi et Stéphane Kamenan

Infos pratiques : Le Mensonge/ Le Silence, deux pièces de Nathalie Sarraute, mises en scène par Valentin Rossier, à voir au théâtre du Grütli jusqu’au 20 Mars 2016.

http://grutli.ch/Spectacles/view/96#.VukjeHpotvK