Encore un spectacle pour le tricentenaire de Jean-Jacques Rousseau, encore un ! Qu’a-t-il de différent, celui-ci ?

Sa démarche. Rousseau est connu – et souvent méprisé – pour son ambivalence, sa façon très particulière d’aborder certains sujets, parfois à la limite du paradoxe. Par conséquent, tenter de reformuler les idées rousseauistes, c’est prendre le risque de les réinterpréter, de les simplifier et de perdre au passage les nuances qui lui sont caractéristiques.

De là vient l’idée du spectacle Jean-Jacques, combien d’amis ?. Laisser le plus de place possible aux voix de l’époque. Quoi de mieux que les propres mots de Rousseau – mais aussi de Voltaire, Diderot, D’Alembert, Grimm et Tronchin – pour comprendre comment le philosophe genevois était perçu au xviiième siècle ? Le pari, peut-être un peu fou, est lancé : construire une pièce de théâtre en utilisant uniquement des citations, à la manière des centons virgiliens médiévaux…

Pari lancé… et pari gagné, à près de 90%. C’est ainsi que les œuvres, correspondances, mémoires et autres extraits, assemblés grâce à quelques ajouts, ont permis la construction progressive du texte du spectacle. Celui-ci sonne par la beauté de la langue et permet à Rousseau, comme à ses contemporains, de tomber le masque et de s’exprimer directement sur les planches du théâtre.

Qu’en est-il de la trame de la pièce ? Elle dévoile les liens complexes de Rousseau avec sa ville natale, une Genève partagée entre l’austérité du calvinisme et l’opulence de son oligarchie. L’ambivalence se reflète dans le comportement du philosophe, qui ne cesse d’aller et venir entre Genève et Paris, entre sa patrie adorée et le centre intellectuel et culturel de l’Europe alors largement francophile. Cette dialectique géographique est construite autour des moments importants de la vie de Jean-Jacques, de ses grandes idées et de ses principaux écrits.

Cependant, Jean-Jacques, combien d’amis ? sait aussi se faire charmant, léger, galant parfois, car Rousseau est un personnage touchant, avec ses traits de génie et ses faiblesses. En écho, la dramaturgie joue avec ce qu’évoquent les textes d’époque. Ou comment traduire un diagnostic médical, par lettres interposées entre Rousseau et le docteur Théodore Tronchin, en une séance de psychanalyse qui vire au cauchemar.

Jean-Jacques, combien d’amis ?

Mise en forme : Yannick Stiassny

Mise en scène : Bernard Sonnaillon

3, 9 et 10 novembre 2012, 20h30

Salle Frank Martin

(3, rue de la Vallée, 1204 Genève)

Tarif adulte : 25 chf

Etudiant/AVS : 15 chf

Collégien : 5 chf

Réservations : reservation@sensibilisart.ch ou 079.902.97.31

Yannick Stiassny