J’ai fermé les yeux et pourtant, j’ai vu. J’ai vu son visage qui s’était fixé dans mon esprit tel un paysage installé à l’intérieur d’une boule à neige. Une boule de verre déposée sur un socle de marbre. Une image sacrée dissimulée à l’intérieur d’un objet profane.

Finalement, je la regarde, curieuse de découvrir ce qu’elle me réserve. Je la secoue puis la repose, délicatement. Le temps s’arrête et je crois que c’est un signe. La neige tombe et je crois que c’est un cygne. Tout est confus. Je brise le silence dont j’étais entourée pour me demander à voix haute :

– Qu’est-ce qu’on fait une fois que tout est fini ?

J’étais prête à recommencer mais par un bête clignement de cils, je me suis laissée rattraper par son image. Alors, j’ai médité. Incompréhension et enthousiasme, voilà les sentiments qui me traversent. Folie, le premier mot qui me soit venu en tête. Amour, peut-être. Prise au piège, sûrement. Je devais agir, alors je me suis levée de la chaise sur laquelle j’étais assise, ai pris une veste chaude et suis sortie de mon appartement. Il faisait froid, il faisait nuit, comme un mois de janvier et doucement je me suis dirigée vers lui, le visage de mes pensées.

Il était toujours assis dans ce parc. Un parc aux influences lugubres qui n’aurait jamais pris place à l’intérieur d’un cristal, mais duquel se dégageaient de puissantes effluves de roses défraichies. Dès qu’on s’y retrouve, on ressent un mal-être instantané qui a poussé à la fuite tous ceux qui avaient osé s’y aventurer. Et lui, il était là, immobile. Il était là, parce qu’il avait repéré derrière cette sombre forêt silencieuse et solitaire, cette légère odeur de musc.

C’est peut-être cette sensibilité, cette façon de ressentir ce que personne ne ressent, d’aimer ce que personne n’aime, qui m’a poussé à me lier à lui. Insensé. Cependant, je savais que j’étais là où je devais être. Sensé. Je savais que je faisais ce que je devais faire. Alors, je me suis installée à côté de lui avant de plonger mon regard dans le sien, profondément. Il m’a regardé et il a médité. Illusion et entrain, voilà les sentiments qui le traversent. Torpeur, le premier mot qui lui soit venu en tête. Amour, fou. Pris au piège, sûrement pas. D’un coup, il a détruit le silence glacial qui nous entourait :

– Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

– Tout est fini.

 

Linda Boson

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