Stortregn : de l’orage au blast beat

mai 18, 2017 / by / 0 Comment

Déluge de pluie : c’est la signification suédoise de « Stortregn ». Une métaphore puissante qui retrace les origines de ce groupe de death / black metal genevois présent sur la scène helvétique depuis 2005.

Aujourd’hui, R.E.E.L. vous propose une immersion dans un style musical parfois inconnu et souvent connoté. Cassons ensemble les clichés entourant le métal, et découvrons un groupe made in Geneva à portée internationale. Interview avec Samuel Jakubec, batteur.      

R.E.E.L. : Bonjour et merci de nous recevoir ! Pour commencer, pouvez-vous, en quelques mots, expliquer l’histoire de Stortregn ?

Samuel Jakubec (S.J.) : Comme la plupart des projets musicaux, le nombre de musiciens évolue avec le temps… À l’origine, Stortregn était un quartet : Romain Negro et Johan Smith, fondateurs, respectivement à la guitare et au chant, accompagné d’un batteur et d’un bassiste. Mais c’est réellement en 2016 que la configuration finale prend place et se transforme en quintet : Romain Negro au chant, Johan Smith à la guitare lead[1], Duran Bathija à la guitare rythmique, Manu Barrios à la basse et moi-même à la batterie. En somme, il s’agit d’une configuration qui se retrouve généralement dans les groupes de metal.

R.E.E.L. : Vous n’êtes pas tous issus de la scène metal. Quel est le background musical des membres de Stortregn ?

S.J. : En effet, nous avons tous un parcours différent, mais nous nous sommes rencontrés dans le milieu metal, très petit sur Genève. Johan joue originellement de la guitare classique et termine un cursus à la Haute école de Musique à Lausanne. J’ai effectué une formation de batterie jazz au Conservatoire Populaire de Musique à Genève, et joue dans différentes formations musicales de styles différents. Manu joue dans d’autres projets sur la scène genevoise, comme le groupe Brockenhead. Duran et Romain sont tous les deux multi-instrumentistes, ce qui explique l’évolution de la configuration musicale de Stortregn.

R.E.E.L. : Stortregn puise son énergie chez chacun de ses membres, mais quelle est l’inspiration de base de votre groupe ?

S.J. : L’origine du nom est suédoise, tout comme notre musique. Nous nous sommes inspirés du mouvement de black metal qui s’est développé là-bas dans les années 90. Stortregn puisait notamment son inspiration chez le groupe Dissection, autant pour la musique que les paroles et la philosophie de leur leader, Jon Nödtveidt, décédé en 2006. Le groupe a ensuite évolué musicalement et le background musical de chaque membre est venu se greffer sur nos compositions. Ce qui a été notamment possible, grâce au profil de musicien classique de Johan.

R.E.E.L. : Le death / black metal est souvent associé au monde du satanisme, à la violence ou à la mort. Est-ce le message que désire faire passer Stortregn dans sa musique ?

S.J. : Pas du tout ! Notre musique ne s’approche pas de ce genre de mentalité. Les paroles que nous écrivons se situent à un autre niveau : on traite des fondements de l’Univers, du Cosmos, des concepts globaux du Tout et du Rien… En aucun cas Stortregn ne parle politique, ou ne place des idées religieuses dans sa musique. Tous nos textes sont écrits par Johan ou Duran.

R.E.E.L. : Si les messages transmis par Stortregn ne sont pas de l’ordre général du metal, votre musique en reprend les codes ?

S.J. : Oui. C’est le cas par exemple de l’utilisation des guitares, qui ont des riffs[2] propres au metal. Le chant aussi est typique de ce genre de musique : il est hurlé ou crié en fonction de l’ambiance ou de l’énergie que l’on veut transmettre dans nos morceaux. Quant à la batterie, elle répond aux critères de base : vitesse, précision, et blast beat[3].

R.E.E.L. : Sur votre dernier album, « Singularity », on peut entendre des compositions qui donnent place à la guitare classique. Partant de cette observation, que pouvez-vous nous dire sur le processus de composition de Stortregn ?

S.J : Tout part des guitares : les riffs sont composés tout d’abord, puis on rajoute la batterie. J’ai de la place pour rajouter mon interprétation, mais je me base toujours sur une idée préconçue. Le chant vient en dernier et se pose sur le tout, en fonction des paroles. Nous n’avons pas de partitions et nous travaillons essentiellement avec des tablatures. Pour ma part, je reçois les fichiers en son synthétique que j’assimile et travaille sans partition ou tablature.

R.E.E.L. : Le monde de la musique est souvent associé à la collaboration. Quels sont les partenariats créés par Stortregn ?

S.J. : Nous travaillons avec Vladimir Cochet, qui enregistre, mixe et masterise les albums de Stortregn depuis le début. C’est très intéressant pour nous, car il connaît notre musique et sait ce que nous voulons. C’est aussi une personne qui a pu voir l’évolution de notre groupe et de nos compositions.

Côté promotion, nous avons travaillé avec Kristian « Necrolord » Wahlin pour la création du cover d’ « Evocation of Light ». C’est un peintre suédois et ses différentes œuvres pour des albums de groupes de metal nous ont tout de suite plu !

Niveau partenariat musical, nous avons invité plusieurs musiciens pour l’album « Singularity ». Ville Viljanen qui est le chanteur de Mors Principium Est, Steffen Kummerer qui est le guitariste d’Obscura et  Simon Girard qui est celui de Beyond Creation. Ce sont des musiciens internationaux qui nous ont fait l’honneur de rajouter leurs griffes dans notre album.

R.E.E.L. : Stortregn est présent sur la scène suisse, mais aussi énormément à l’étranger. En février 2017, vous avez effectué une tournée dans les pays de l’Est. D’où vient cette idée de voyager ?

S.J. : La musique vit aussi avec des rencontres et la transporter dans différents pays permet de nourrir la motivation du groupe. Nous avons voyagé en France, Allemagne, Roumanie, République Tchèque, Hongrie… Une tournée à Cuba en 2010 et le Wacken Open Air en 2015 ont apporté une visibilité à Stortregn.  Ce qui plait particulièrement c’est d’arriver sur une scène inconnue, devant un public qui ne nous connait pas, et de jouer notre musique « pour la première fois ». L’ambiance elle-même est particulière : on rencontre les personnes locales, on nous invite, on crée des liens internationaux. Et on rentre en Suisse en ayant déjà envie de repartir jouer ailleurs !

R.E.E.L. : Justement, en parlant de repartir : avez-vous déjà des projets à venir ?

S.J. : Après 3 albums déjà sortis, Stortregn en prépare un 4ème. L’enregistrement est terminé, celui-ci sortira dans quelques temps. Nous jouerons aussi cet été au mois de juillet aux Metal Days.

N.B. : Un dernier message pour nos lecteurs ?

S.J. : Chaque membre de Stortregn est différent, mais n’est pas différent d’une personne lambda. Nous ne sommes pas bloqués dans le style black ou death metal, nous avons tous des professions annexes, et des projets différents, qu’ils soient musicaux ou artistiques. Et je pense que c’est aussi là la force d’un groupe : une diversité et une hétérogénéité qui apportent un métissage de style. C’est donc pour cela que le metal peut être ouvert à toutes et tous.

Propos recueillis par Natacha Bossi

Pour en savoir plus :

Facebook : https://www.facebook.com/Stortregn/

Twitter : https://twitter.com/stortregn

YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCFYPLDZ9OKZtV7q3wzYxIfg

Site officiel : http://stortregn.com/

Metal Days : http://www.metaldays.net/b611/stortregn

Prochain concert : 22 juillet 2017 – Metal Days

Photos : ©Gabriel Asper

[1] Guitare solo

[2] En musique de jazz et de rock, court fragment mélodique de deux ou quatre mesures, répété rythmiquement pour accompagner une ligne mélodique. – Larousse (2017)

[3] Pour écouter du blast beat : https://www.youtube.com/watch?v=mg2EyWA0Jxc


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