Le spectacle s’ouvre sur la scène, sur laquelle des vêtements répandus au sol ainsi que des comédiens et danseurs des ballets C de la B se confondent. Ce décor situe l’espace où se déroule l’action : une décharge. En effet, Tauberbach d’Alain Platel a pour inspiration et sujet principal Estamira, un documentaire de Marcos Prado portant sur une femme schizophrène vivant dans une décharge à Rio. Ce portrait poignant affecte le metteur en scène qui cherche dans sa pièce à répondre à la question suivante : comment survivre avec dignité dans des conditions extrêmes ?[1] Pour exprimer cela, les scènes, dotées à chaque fois d’un thème propre, se succèdent, oscillant tour à tour entre le comique, l’inquiétant et l’absurde.

Le personnage de la femme d’Estamira, interprétée par Elsie De Brauw, s’exprime de façon saccadée par de courtes phrases, non sans sens, qui dénotent sa difficulté à s’exprimer. À cela s’ajoute une voix off, une voix d’homme qui souligne la confusion, infirmant ou contredisant les paroles de la femme.

Les danseurs, quant à eux, contribuent à l’environnement hostile auquel doit faire face la protagoniste et expriment dans le même temps son intériorité. Ils se transforment : ressemblant à des insectes au début de la pièce, ils deviennent par la suite des êtres à la sexualité débridée. Les danses parfaitement exécutées permettent d’exprimer le chaos régnant parfois dans l’esprit d’Estamira. L’un des moments forts du spectacle, le solo d’un des danseurs, est acclamé par le public, le faisant rire et réfléchir.

La musique et les sons sont eux aussi des composantes essentielles de Tauberbach. L’oeuvre Bach chanté par les sourds est une autre inspiration de la pièce. Certaines musiques se retrouvent tout du long et les bruits des danseurs à certains moments servent de rappel. La pièce est accompagnée dès le début du bruit d’une mouche volante, habitante de la décharge. Ce bruit sera imité par l’un des danseurs, suscitant le rire du public. Ainsi, les sons participent au comique du spectacle.

Tauberbach est un spectacle plein d’humanité et exécuté avec brio tant au niveau de la mise en scène que des danseurs. Alain Platel et les ballets C de la B ont réussi une nouvelle fois à toucher leur public.

Naïke Bravo

[1] http://www.batie.ch/2014/191-alain-platel , consulté le 12.09.2014.