Une fois n’est pas coutume, nous nous intéresserons cette semaine à un film en salles actuellement. Il s’agit de Thor 2 : le Monde des ténèbres, dernier opus en date du deuxième cycle Avengers. Rappelons l’historique : Marvel Studios a fait le choix osé d’inclure ses héros dans un cycle, un ensemble de films reliés les uns aux autres. Le premier cycle contenait Iron Man 2, L’incroyable Hulk, les premiers Thor et Captain America et le grand final, le film Avengers[1]. Ainsi, les spectateurs pouvaient apprendre à connaître les principaux protagonistes un à un, jusqu’au moment de leur rassemblement dans Avengers. Ce choix, assez original il faut le dire, a été un grand succès, tant commercial que critique. Fort de ce triomphe, Marvel a donc pu initier un deuxième cycle, qui se composera de cinq films : Iron Man 3, sorti en mai de cette année, Captain America 2 : le soldat de l’hiver  et Les Gardiens de la Galaxie, prévus pour 2014, Avengers 2 : Age of Ultron, qui sortira en 2015 et… Thor 2 : le Monde des ténèbres, sorti en Europe le 30 octobre et dont je vais vous parler aujourd’hui.

Durant les premières minutes du film, quand on commence à comprendre qui seront les principaux intervenants, on découvre avec étonnement un mélange des genres. En effet, le « méchant » de ce film est Malekith, un Elfe noir. On toucherait donc plutôt à la fantasy. Cependant, ces Elfes disposent d’armes futuristes et se déplacent en vaisseau spatial, donc on se rapprocherait aussi de la science-fiction. Néanmoins, le héros du film est Thor, le dieu de la mythologie nordique, cette dernière sert de cadre au récit. Enfin, le tout est fait par Marvel, une société spécialisée dans les histoires de super-héros ; De ce fait, Thor est avant tout considéré comme un super-héros, plus que comme un dieu nordique dans l’univers de Marvel. Alors, à quel genre appartient Thor 2 : le Monde des ténèbres ?

En vérité, à tous ceux-ci à la fois. Il y a des éléments de fantasy, d’autres de science-fiction, une base de mythologie nordique et un enrobage de film de super-héros. On pourrait penser qu’il ne s’agit là que de fan service et que lier ces univers est impossible. C’est pourtant là la plus grande réussite de ce film, puisque le mélange des genres se fait sans aucun problème. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce bizarre agrégat cesse bien vite de choquer, à mesure que l’on est happé par l’évolution du film. Assurément, lier ainsi des genres si disparates est un tour de force épatant.

Ce mélange improbable n’est pas le seul risque pris par le film, ni même le plus important. Le scénario de Thor 2 a une autre volonté : jouer avec les codes du cinéma hollywoodien moderne. Il semble les suivre à la lettre, ce qui fait que l’on n’est guère surpris de l’évolution des évènements. Néanmoins, s’il respecte si scrupuleusement ces codes, c’est pour mieux les trahir par la suite ; le spectateur averti en est donc d’autant plus surpris… en théorie.

En effet, c’est à ce stade que le film échoue à atteindre pleinement son objectif. En soi, le scénario est très bon, et cela grâce à sa capacité à surprendre aussi bien une personne peu au fait des progressions classiques des films hollywoodiens qu’une autre qui aurait ce savoir. Le problème, comme souvent, vient de la réalisation. En pensant probablement que les spectateurs sont de parfaits crétins, Alan Taylor se sent obligé de donner des indices sur ce qu’il va arriver. Quand c’est fait avec subtilité, comme dans The Dark Knight Rises, c’est une bonne chose : le spectateur ne comprend que trop tard qu’il a été trompé et s’en veut d’autant plus qu’il voit après coup les indices qui lui étaient destinés. Toutefois, quand c’est trop gros, le film se spoile lui-même, gâchant une bonne partie de son intérêt.

Qu’on se comprenne, Thor 2 : le Monde des ténèbres n’est pas un navet pour autant, loin s’en faut. Il est très divertissant et fait quand même des efforts pour se démarquer des films les plus classiques. Le problème, c’est qu’on ressort de la salle en se disant que cela aurait pu facilement être mieux encore.

Petite astuce pour conclure, si vous désirez aller voir le film (ce que je vous recommande malgré tout, même si ce n’est pas du tout indispensable) : il y a deux scènes après le générique, l’une après la version courte de ce dernier et une autre après sa version longue (comme dans Avengers). Toutes deux valent le coup, alors assurez-vous de rester jusqu’à la fin !

Référence : Thor 2, le Monde des ténèbres, scénario de Don Payne, Robert Rodat, Christopher Markus et Stephen McFeely, 2013.

Pierre-Hugues Meyer

 


[1] Si vous ne connaissez pas ce film, j’ai écrit une critique dessus, à l’époque : http://www.reelgeneve.ch/?p=1150