Ce mardi c’est la Saint-Patrick. Vous pouvez donc, dans la plus pure tradition irlandaise, aller vous arroser derrière la cravate avec une bonne petite pinte de Guinness. Mais vous pouvez aussi décider de faire plus exotique et écouter une conférence de vulgarisation des mathématiques[1], chose presque aussi rare qu’un leprechaun !

En effet, par un heureux hasard dans leurs emplois du temps seront alors réunis à Genève pour une conférence grand public trois mathématiciens qui sont tous passé par l’UNIGE d’une manière ou d’une autre et qui ont gagné la prestigieuse médaille Fields, récompense datant de 1936 et souvent comparée au prix Nobel des mathématiques.
Cependant, si les deux distinctions sont réputées pour être les plus hautes dans leurs domaines, deux points différencient le prix remis par l’Union Mathématique Internationale ne peut être purement assimilé aux Nobel[2] : non seulement ils ne tombent que tous les 4 ans et récompensent au maximum quatre personnes mais en plus la condition sine qua non pour le recevoir est d’être âgé de moins de 40 ans ; alors que pour leurs part les Nobel sont annuels, récompensent trois instigateurs d’une avancée particulière dans chaque domaine[3] et n’ont aucune limite d’âge[4] : ils n’ont donc pas le même potentiel à pousser à l’excellence chez des jeunes chercheurs et encourager leur carrière future.
Quant à la raison de l’inexistence d’un Nobel de mathématiques, elle est flou puisque Nobel ne s’est jamais expliqué sur ce point. Une légende urbaine voudrait qu’il ne voulût pas un jour voir récompensé le mathématicien qui lui aurait ravi le cœur de sa femme, explication qui tombe à l’eau, entre autres à cause du fait que Nobel n’était pas marié.
Mais cessons de parler du bout de métal, intéressons-nous plutôt aux médaillés :

Vaughan Jones est né en 1952 et a soutenu sa thèse de Doctorat en Mathématiques à l’UNIGE en 1979, sous la direction du Prof. André Haefliger. Il est originaire de Nouvelle-Zélande et est actuellement professeur à l’Université Vanderbilt(Nashville, Tennessee ). Il a obtenu la Médaille Fields en 1990. Il est connu notamment pour sa méthode algébrique permettant de décrire les nœuds et liens en 3D. Son travail trouve des applications en mécanique statistique[5] et plusieurs domaines de l’algèbre. En dehors des champs des mathématiques et de la physique, ses travaux sont également utiles en biologie pour étudier la molécule d’ADN.

Stanislav Smirnov est né en 1970 et est actuellement professeur à la section de Mathématiques de l’Université de Genève ainsi que directeur du pôle de recherche national Swiss-MAP[6] et membre du Laboratoire Chebyshev de l’Université d’Etat de St Pétersbourg. Il est originaire de Russie et a soutenu sa thèse en 1996 à Caltech, sous la direction du professeur Nikolai Makarov. La médaille Fields lui a été remise en 2010. Ses travaux portent entre autre sur la théorie mathématique de la percolation. Communément cela désigne le phénomène qui fait qu’un liquide s’infiltre dans un milieu plus ou moins perméable, mais en physique et en maths il s’agit du phénomène qui décrit une transition d’état. Pour mieux comprendre, dites-vous que c’est ce modèle qui est utilisé pour visualiser la propagation de proche en proche du feu dans un incendie de forêt (transition de l’état d’arbre à l’état d’arbre brûlé). Son travail trouve donc tout naturellement des applications en physique pour l’étude de tous les changements d’états, par exemple magnétiques, mais aussi dans de nombreux autres domaines où il est question de décrire un changement dans un milieu : biologie, économie, informatique…

Martin Hairer, d’origine Autrichienne, est né en 1975 à Genève. Il est le fils d’un professeur de la Section de Mathématique de l’UNIGE, Ernst Hairer, et a soutenu sa thèse de doctorat en physique[7] à l’UniGe avec le professeur Jean-Pierre Eckmann en 2001. Actuellement, Martin Hairer est Prof de mathématiques à l’Université de Warwick (GB). La médaille Fields lui a été remise en 2014 pour son travail sur les équations aux dérivées partielles stochastiques. Les équations aux dérivées partielles sont des équations faisant intervenir une fonction et ses dérivées[8] selon plusieurs variables et qui servent à modéliser des processus dans de très nombreux domaines allant de la biologie à l’économie. Le terme stochastique signifie pour sa part que les équations susmentionnées contiennent des valeurs qui sont déterminées aléatoirement par des lois de probabilité. En particulier, Martin Hairer a travaillé sur les équations KZP, qui décrivent les interactions entre deux substances (entre deux liquides par exemple). Il a trouvé une méthode pour résoudre ce type d’équations qui posait problème à cause de ses composantes aléatoires. La théorie qu’il a développée peut s’appliquer à d’autres équations stochastiques et pourrait permettre de mieux comprendre certaines propriétés de ce genre d’équations et donc faire avancer tous les domaines où elles sont utilisées.

La conférence où ces trois cerveaux se proposent d’expliquer à quoi servent les maths se tiendra à 18h30 à Sciences II. Cependant les inscriptions sont déjà closes: il vous faudra donc, si vous ne faites pas partie des chanceux déjà inscrits, vous contenter de l’enregistrement vidéo que la faculté des Sciences mettra en ligne dès que possible sur sa page d’accueil : www.unige.ch/sciences/
… Et cela fait moins désordre de boire une Guinness devant une vidéo que dans un amphi’[9].

Audrey Tissot

Source de l’image : UniGe

[1]Ce qui n’est pas incompatible avec la Guinness. REEL n’est aucunement financé par un débiteur d’alcool quelconque, c’est juste l’auteur de l’article qui fait une fixette.

[2]Depuis 2001 il existe le prix Abel, remis par l’Académie Norvégienne des Lettres et des Sciences, qui ressemble beaucoup plus à un Nobel de maths que la médaille Fields.

[3]Physique, Chimie, Physiologie ou médecine, Littérature, Paix. Ce que l’on appelle vulgairement « prix Nobel d’économie » est en réalité un prix remis par la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel et n’a rien à voir avec l’Académie royale des Sciences de Suède.

[4]Il faut juste être vivant.

[5]Domaine de la physique visant à décrire les systèmes avec un grand nombre d’intervenants

[6]Spécialisé dans les mathématiques et la physique

[7]Oui, en Physique. Sa spécialité se situe dans un domaine que l’on nomme Physique mathématique.

[8]La en théorie y a deux ou trois souvenir du collège qui remontent (douloureusement si vous êtes du pur lettreux)

[9]Non, toujours pas de sponsoring par de la bière irlandaise : fixette ….