À l’occasion de son 125ème anniversaire, la Fanfare Municipale de Vernier (FMV) revisite, en collaboration avec l’Académie Professionnelle de Comédie Musical de Genève (ACMGE Pro)[1], la célèbre comédie musicale West Side Story.

L’histoire de ce Roméo et Juliette moderne est bien connue : deux bandes de jeunes, les Jets et les Sharks, se battent pour le contrôle du quartier. Les Jets sont issus de la classe ouvrière blanche et se considèrent donc comme les vrais Américains. Les Sharks sont quant à eux issus de l’immigration portoricaine. Alors, quand Tony, l’un des membres fondateurs des Jets, et Maria, la sœur de Bernardo, chef des Sharks, tombent amoureux, la situation ne peut que mal tourner.

Né de la volonté du directeur de la FMV, Philippe Berthoud, ce spectacle présente la particularité de mêler différents domaines, différents arts. Ainsi, on retrouve en même temps sur la scène la fanfare, un chœur et des jeunes de l’Académie de Comédie Musicale. Ces derniers jouent la comédie, chantent et dansent. Autant dire que l’exercice n’était pas simple pour le metteur en scène, qui a dû mélanger et gérer des groupes très différents. Il a également fallu adapter cette comédie musicale et opérer certains choix de mise en scène. La représentation ne dure ici qu’une heure et demie, alors que le spectacle original est beaucoup plus long. L’affiche précise d’ailleurs qu’il s’agit ici d’un « concert spectacle ». Cette nature différente met l’accent sur la fanfare, sans négliger bien sûr la partie comédie musicale. Gérard Demierre a relevé le défi avec brio. Chaque corps apporte sa pierre à l’édifice.

Tout d’abord, la FMV a su s’adapter aux conditions particulières du spectacle. On a tous en tête l’image de la fanfare qui joue trop fort sous la tente de la fête du village. Personne ne s’entend, ce qui est extrêmement désagréable. Ici, ce n’est pas le cas. La salle des fêtes du Lignon, dans laquelle est joué ce spectacle, présente une très belle acoustique. Nul besoin donc de jouer trop fort pour que les spectateurs entendent. La musique accompagnant les chanteurs, il faut qu’on puisse entendre les voix. Les comédiens ont certes des micros, mais la fanfare a su trouver les bons réglages pour se faire entendre tout en laissant à chacun la possibilité de se concentrer sur les paroles, pas du tout étouffées. C’est donc avec une grande subtilité, en plus de la qualité des musiciens, que la fanfare a interprété West Side Story, dans un style musical qui n’est pas forcément celui qu’on a l’habitude d’entendre venant d’une fanfare. C’était la volonté de Philippe Berthoud qui, dit-il, a voulu s’orienter « vers un répertoire résolument tourné vers le jazz, la variété et le chant »[2]. C’est donc une innovation originale qu’a apporté le directeur de cette fanfare, en faisant jouer à ses musiciens des genres si éloignés de ce dont on peut avoir l’habitude. Un grand bravo donc pour cette audace, le résultat est au rendez-vous !

Mais la fanfare n’est pas seule sur scène. Il faut souligner encore le magnifique travail des membres de l’Académie de Comédie Musicale. Ils ont su mêler tout ce qui fait l’essence d’une comédie musicale – à savoir le chant, la danse et le théâtre – avec brio. Dans un ton toujours juste, ils ont su ne pas en faire trop dans leur jeu d’acteur. Leurs chorégraphies sont également très au point. L’exercice n’est pas simple, puisqu’il leur faut chanter tout en dansant. Là aussi, le spectateur peut s’apercevoir qu’ils ont été très bien préparés. C’est dire le niveau de cette Académie et des jeunes qu’elle forme. Mention spéciale à Charlotte Aeschbacher, dans le rôle de Maria, qui, en plus d’avoir une voix magnifique, présente un grand talent de comédienne. Nombreux sont les spectateurs à qui elle a su tirer des larmes lors de la scène finale, durant laquelle elle est bouleversée en découvrant Tony mourant. Cette jeune comédienne a déjà beaucoup de talent, espérons qu’elle continuera à le développer. Il ne faut toutefois pas oublier tous les autres comédiens qui ont tous su jouer leur rôle de fort belle manière, avec un talent certain.

Petit clin d’œil enfin au chœur, puisque Magali Bossi, notre ethnochroniqueuse, en faisait partie. Ils ont su apporter une profondeur supplémentaire au spectacle. Bravo donc également à eux. Surtout, un grand bravo à Gérard Demierre. Mettre tout cela en scène, coordonner ces différents corps, n’a pas dû être une mince affaire. Sa longue expérience de la mise en scène (il en compte plus de cent à son actif !) a certainement joué un rôle déterminant, mais cela n’enlève rien à la qualité de celle-ci.

West Side Story, c’est un spectacle intemporel, touchant et qui montre encore et toujours la réalité de la vie d’aujourd’hui. Je laisserai le mot de la fin à Gérard Demierre, qui exprime parfaitement ce qu’il a réussi à transmettre, de l’avis des spectateurs : « C’est l’histoire universelle et éternelle du triomphe de l’amour sur la haine et les principes qui enferment hommes et femmes dans le carcan des interdits et de l’intolérance dans clans. Le temps passe, les lieux changent comme les prénoms, mais les drames se répètent comme si chaque époque avait besoin de ses martyrs pour retrouver ses valeurs. L’intolérance, la bêtise et l’amour sont de toujours. »[3]

Fabien Imhof

Infos : West Side Story, Fanfare municipale de Vernier,

Direction : Philippe Berthoud, Mise en scène : Gérard Demierre

Avec la collaboration de l’Académie Professionnelle de Comédie Musicale

Concert spectacle joué encore jusqu’au 7 juin à la salle des fêtes du Lignon.

[1] Leur site : http://acmgeneve.ch/

[2] Philippe Berthoud, Directeur de la FMV, Dossier de présentation, p. 11.

[3] Gérard Demierre, metteur en scène, Dossier de présentation, p. 13.