Chaque lundi, REEL vous offre dans ses pages numériques un éditorial. Tribune d’expression, cette chronique a souvent un pied dans l’actualité la plus immédiate. Elle reflète les opinions de son auteur(e), que la Rédaction s’engage à publier sans forcément toujours les partager.

Vendredi dernier, dans les bas-fonds du Chat Noir de Carouge, une étrange fête était organisée. On y croisait fantômes, morts-vivants et autres créatures de la nuit.

Mais en y regardant de plus près, à travers la poussière et les toiles d’araignées, se cachaient des merveilles plus intrigantes encore. Une femme aux oreilles de lapin côtoyait un magicien coiffé de son grand, grand chapeau rouge et, assise sur une chaise haute, se trouvait une terrifiante souris aux joues couleur de sang, capable d’appeler à elle la foudre tel un grand dieu des temps anciens. Toutes ces atrocités s’étaient rassemblées pour célébrer un événement – et non des moindres – le 14e numéro du journal REEL venait d’être publié…

C’est donc dans une ambiance de sucreries et bon enfant que le prélude d’Halloween s’est déroulé avec REEL. Malheureusement, en des lieux pas si lointains, de bien tragiques événements se produisaient. En effet, une vague de violence s’est abattue sur nos voisins français durant toute la semaine dernière. Et cette brutalité nous touche indirectement, puisque ce sont les enseignants qui sont visés. Visés ? Mais visés par quoi me demanderez-vous ? Il ne s’agit pas là de simples parents d’élèves en colère ou de grèves salariales, mais d’une violence bien physique. Et pour la plupart de ces professeurs, les coupables sont à chercher parmi leurs propres élèves… 6 agressions graves en l’espace de 5 jours. Si ces chiffres ne suffisent pas à vous donner des sueurs froides, ajoutons aussi les 4 policiers incendiés à bord de leur véhicule ou encore les 2 voitures démolies, puis embrasées et nous aurons, je l’espère, réussi à mettre mal à l’aise même les plus hardis d’entre vous. Entre le professeur dont la mâchoire a été brisée pour avoir renvoyé deux de ses étudiants, le proviseur passé à tabac par un élève en retard et le maître de classe roué de coups en plein cours par un jeune inconnu du bâtiment, il y a de quoi être dépité. Ces jeunes ivres de cocktails Molotov et qui fabriquent des mortiers dans un coin sombre de leur chambre, n’ont-ils rien de mieux à faire ? Il semblerait bien que non.

Ces agressions répétées à l’encontre du corps professoral devraient nous mener à remettre en question l’image que nous avons des enseignants aujourd’hui, car nous avons bel et bien perdu de vue l’essence même de ce noble métier. Ils ne sont pas censés être là simplement pour nous ennuyer ou nous surveiller, à l’instar d’un épouvantail que l’on aime trop souvent tourner en ridicule. Le but premier de cette profession est de transmettre un savoir à autrui, savoir qu’il a lui-même hérité de son prédécesseur et qu’il a cultivé pour transmettre ainsi toujours un peu plus que ce qu’il a reçu à la prochaine génération. Mon but n’est pas ici de donner une leçon de morale, peut-être même me trompé-je totalement dans mes déclarations. Je cherche un moyen de concilier étude et plaisir, enseignement et passion pour que de tels actes ne se reproduisent plus à l’avenir.

Je ne m’aventurerai pas ici à essayer de conjecturer les causes qui ont mené à tous ces incidents. D’autres le feront mieux que moi. Certains vous parleront de politique, d’autres d’économie ou encore d’éducation, mais je préfère m’abstenir et simplement espérer qu’il s’agit là d’un phénomène temporaire.

Qui sait peut-être que ce bon vieux Jack-o’-lantern a insufflé la folie dans le cœur de ces pauvres mortels comme un lugubre prélude à sa future arrivée…

Lam Hao Tuan

Photo : © Philippe Desmazes

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/18/01016-20161018ARTFIG00213-les-agressions-contre-le-corps-enseignant-se-multiplient.php