Dans le cadre du festival Commedia a été organisé une lecture publique, à la suite d’un atelier ayant eu lieu en novembre dernier, en compagnie de deux Palestiniennes.

Lors de la première partie de l’atelier, deux étudiants gazaouies étaient venues à Genève, où elles ont pu rencontrer un groupe d’étudiants, en compagnie d’Hervé Loichemol, directeur de la Comédie. Elles ont notamment partagé avec eux les textes qu’elles ont rédigés au sujet de la Guerre de 50 Jours de l’été 2014. De retour chez elles, elles ont écrit sur leur première expérience en dehors de Gaza. Ce sont ces textes qui étaient présentés mercredi 11 mai à la salle MS180 à Uni-Mail.

Après une présentation générale du projet par Hervé Loichemol, le public présent a pu faire la connaissance de l’une des deux étudiantes – l’autre étant en voyage en Égypte – et de l’un des professeurs de l’Université de Gaza, via Skype. Ils ont d’abord présenté la situation actuelle de Gaza, expliquant que tout ne se limitait pas à la vision donnée souvent par les médias. Gaza n’est pas une ville morte, où l’on vit constamment dans la peur. Au contraire, les habitants sont bien vivants, ils bougent et l’Université est active. Il faut toutefois reconnaître qu’il est difficile de sortir de la ville, les autorisations dépendant du bon-vouloir des autorités israéliennes. Le public a ensuite pu poser ses questions au professeur et à l’étudiante, qui y ont répondu avec grand plaisir, parlant de l’enseignement du français, des auteurs qu’ils aimaient ou encore de leur envie de revenir un jour en Europe.

La transition était alors toute choisie pour débuter la lecture de quelques extraits du texte de l’étudiante gazaouie. Anne Durand s’est alors levée et a commencé à lire ces textes. Revenant sur son expérience européenne, l’étudiante y raconte son premier vol en avion, sa visite de Genève, ce qu’elle y mangé, les lieux qu’elle a visités, les rencontres qu’elle a faites, l’atelier aussi… puis elle revient sur le voyage en train jusqu’à Paris, sa première expérience en tant que spectatrice de théâtre, avant de conclure en disant qu’elle n’oublierait jamais cette expérience.

Ce que l’on retiendra de cette lecture, c’est l’émotion transmise par les mots de l’étudiante et par la voix d’Anna Durand. Découverte. C’est l’un des mots qui résument le mieux son expérience. Elle ne connaissait rien du monde occidental, si ce n’est par des lectures qu’elle a pu faire. C’est avec un regard émerveillé, semblable à celui d’un enfant qui ouvre ses yeux au monde, que l’étudiante appréhende Genève et Paris. Elle raconte des choses qui nous semblent totalement banales – comme le fait d’aller au restaurant ou de prendre les transports publics par exemple – avec un regard nouveau, empreint d’émotions. Elle apporte ainsi un regard nouveau sur Genève, rendant à cette ville toute la beauté que l’on oublie parfois en y vivant. Décrivant ses rencontres, elle emploie des termes que l’on n’a pas forcément l’habitude d’entendre. Elle pose un regard bienveillant sur toutes les personnes qui l’ont accueillie, d’Hervé Loichemol aux étudiants qui ont participé à l’atelier.

Il est difficile d’exprimer avec des mots l’expérience que peut procurer l’écoute de son texte, tant celle-ci se passe plus avec le cœur qu’avec l’esprit. Avec quelques touches d’humour, témoignant de son regard émerveillé qui découvre un environnement qui nous semble banal, le texte de l’étudiante a enchanté le public présent. Magnifique. Bouleversant. C’est ce que je retiens de cette expérience. Par son regard nouveau sur ce que nous voyons tous les jours, elle rappelle à tous qu’il faut savoir observer le monde avec des yeux d’enfants, sans a priori. La beauté est partout, même dans les choses les plus banales. Cela peut paraître dérisoire et éculé de le dire. Pourtant, c’est la leçon qui m’a été donnée lors de cet atelier.

Merci donc à la Comédie et aux Activités culturelles, qui ont rendu cela possible. Merci à Hervé Loichemol pour l’organisation de cette rencontre. Merci à Anne Durand d’avoir prêté sa voix à cette mise en lecture. Merci enfin à cette étudiante qui, par ses mots couchés sur quelques feuilles de papier, a su rappeler à tout le monde quelle peut être la beauté du monde.

Bouleversant.

Fabien Imhof

Photos : © Racha Perret