Après une année de répétitions, la troupe amateur du Théâtre de Carouge présente enfin sa version du Malade imaginaire de Molière. Un spectacle à voir encore jusqu’à dimanche à Chêne-Bourg.

L’aventure commence il y a environ un an. En partenariat avec la commune de Chêne-Bourg, une troupe de comédiens amateurs[1] répète Le malade imaginaire, encadrée par trois professionnels : Valérie Poirier, Nathalie Cuenet et Xavier Fernandez-Cavada. Quatre premières représentations ont eu lieu la semaine dernière à la salle Gérard-Carrat, pleine à chaque fois. Dès aujourd’hui et jusqu’à dimanche, grâce au camion théâtre, c’est à la Place Favre de Chêne-Bourg que vous pourrez les applaudir.

Pièce rendue tristement célèbre par la mort de l’auteur durant la quatrième représentation, Le malade imaginaire propose une satire de l’ordre des médecins, dans ce qui peut être considéré comme la farce la plus aboutie du dramaturge. Dans cette comédie, Argan, veuf et remarié avec Béline, subit de nombreux traitements dans le but de soigner les maux dont il souffre… ou pense souffrir. Sa nouvelle femme, quant à elle, n’attend que sa mort pour pouvoir hériter. De l’autre côté, la fille d’Argan, Angélique, souhaite épouser Cléante, dont elle est tombée éperdument amoureuse. Mais cela contrarie les plans de son père, qui l’a promise à Thomas Diafoirus, médecin et fils de médecin. Dans cette farce macabre, les rires et autres imbroglios sont au centre de l’attention.

Loin des grosses productions que l’on peut régulièrement voir à Carouge ou ailleurs, la représentation se fait ici en toute intimité. La taille de la salle, la proximité de la scène et la simplicité du décor permettent cette impression. L’espace est simplement composé de rideaux, et d’un pan de mur muni d’une fenêtre. Lorsque la pièce commence, on y trouve en plus Argan dans son fauteuil roulant, devant une petite table où il fait ses comptes d’apothicaire – littéralement – à peine éclairé par une faible lumière. Puis les scènes s’enchaînent, les personnages vont et viennent, la plupart munis de costumes et de masques dignes de la Commedia dell’arte.

On peut s’interroger sur la présence de ces masques sur certains des personnages. À vrai dire, tous en portent, à l’exception d’Angélique, Cléante et Toinette, la servante de Monsieur Argan. Ces masques s’expliquent d’abord pour des raisons pratiques : le nombre de participants dépassant celui des personnages, certains rôles, à l’image d’Argan, sont joués tour à tour par plusieurs comédiens. S’il on est d’abord surpris du changement de voix et d’attitude, on s’y fait très vite, et ces changements, pour le moins originaux, ajoutent un aspect comique à la pièce. On évoquait également la Commedia dell’arte. Le fait que les masques rappellent ce théâtre populaire italien n’est pas anodin, Molière s’en étant fortement inspiré lors de l’écriture de sa dernière pièce. Un joli clin d’œil de la part de la troupe.

Si tout n’est évidemment pas parfait – quelques menus oublis de texte, des petits accrocs, une ou deux phrases interprétées de manière moins convaincante que d’autres… – on ne leur en tiendra pas rigueur. Rappelons qu’il s’agit d’une troupe amateur, composée de comédiens qui ont tous un autre métier dans la vie et ne peuvent ainsi pas se consacrer à 100% à l’art de la scène. On retiendra surtout leur performance, d’abord pour apprendre ce texte, une tâche qui est loin d’être aisée, quand on connaît le style de Molière. Ensuite, on retient surtout la passion qui anime chacun des comédiens. On sent qu’ils sont tous heureux d’être sur scène, prenant un plaisir qu’ils ont parfois peine à dissimuler… et le public aime ça ! Ils ne manquent pas d’énergie, qu’ils transmettent au public, ajoutant au comique du texte leur jeu, leurs mimiques… et quelques autres idées originales, qu’on ne détaillera pas ici. Nous mentionnerons simplement quelques anachronismes masqués dans la petite scénette de l’oncle d’Angélique et des médecins…

Au final, Le malade imaginaire, vu par la troupe amateur du Théâtre de Carouge, c’est un excellent moment à passer, où l’on rit beaucoup, où une énergie folle nous est transmise. On ne peut que tirer un grand coup de chapeau à cette troupe et aux professionnels qu’ils les encadrent pour cette belle performance qu’ils offrent au public !

Alors, si vous n’avez pas eu l’occasion de les voir à la salle Gérard-Carrat, rendez-vous jusqu’à dimanche à la Place Favre de Chêne-Bourg pour un spectacle haut en couleurs !

Infos pratiques :

Le malade imaginaire de Molière, par la troupe amateur du Théâtre de Carouge, du 14 au 17 septembre 2017 à la salle Gérard-Carrat et du 21 au 24 septembre 2017 à Chêne-Bourg.

Sous la direction de Valérie Poirier, Nathalie Cuenet et Xavier Fernandez-Cavada.

Avec May Bollinger, Jason Chakroun, Monique Chapuis, Pierre Cloux, Mileine Homsy, Suzanne Hufschmid, Sarah Muri, Nicole Neuenschwander, Magali Origa, Kian Samii, Evelyne Varetz, Gina Voirol et Sabine Zaugg.

Photo : ©Jason Chakroun

 

[1] Notons ici que le masculin est employé par convention grammaticale, mais que la troupe est majoritairement composée de femmes : elles sont 10, pour 3 hommes.