La semaine passée est sorti au cinéma le très attendu deuxième opus de The Hobbit, intitulé The Desolation of Smaug, réalisé par Peter Jackson et adapté du livre éponyme écrit par J.R.R. Tolkien. Une expérience à lui tout seul ; le film est d’autant plus impressionnant qu’il est maintenant possible de le voir en IMAX et en 3D au cinéma de Pathé Balexert.

Dans ce nouvel opus, nous retrouvons Bilbo le Hobbit et la compagnie de Nains dirigée par Thorin Oakenshield (Écu-de-Chêne, en français) alors qu’ils poursuivent leur périple en direction de la Montagne Solitaire et de l’ancienne cité des Nains d’Erebor, depuis plusieurs siècles sous la coupe du dragon Smaug. Se frayant un chemin à travers les plaines et forêts de la Terre-du-Milieu, ils devront échapper aux orques qui les poursuivent et aux elfes de la Forêt-Noire qui voient d’un mauvais œil le retour des Nains de ce côté-ci du monde de même que le possible réveil du dragon. De plus, comme si tout cela ne suffisait pas, le monde semble trembler du retour d’un ancien ennemi aux pouvoirs prodigieux, un ennemi que même Gandalf le Gris, mage et mentor de la compagnie, n’ose imaginer.

Alors qu’en est-il de ce deuxième volet ? Comme le premier, il risque fort de défrayer la chronique et de déclencher une grande polémique parmi les « fans ». Comme toute critique et, de surcroît, tout éditorial, les lignes à venir n’engagent que votre serviteur. Permettez-moi donc de vous livrer mon opinion : ce film est véritablement superbe ! Voilà, ça c’était pour la version courte. Maintenant, pour la version longue, il y a un certain nombre de choses à dire sur le présent film.

Tout d’abord, le film est beau, très beau même, et la technologie IMAX rend la chose encore plus spectaculaire tant du point de vue du son que de l’image. S’il y a bien un film qui mérite que vous déboursiez, chers lecteurs et étudiants, la somme de 24 CHF (oui, ça devient horriblement cher), c’est bien celui-là. L’on se sent véritablement transporté dans un univers fabuleux et haut-en-couleurs et certaines scènes vous sembleront proprement terrifiantes avec cet écran géant en haute-définition couplé à vos binocles 3D. La bande-originale, composée par Howard Shore qui avait déjà fait des merveilles sur celle du Seigneur des Anneaux, est toujours aussi magnifique, bien qu’un peu plus en retrait en comparaison du premier volet.

Les acteurs sont toujours très bons et les nouveaux personnages, ainsi que le retour de têtes déjà connues comme celles de Legolas, fils de Thranduil, roi des elfes, apportent avec eux leur lot de nostalgie et de bonnes découvertes. Cela nous amène directement au sujet qui fâche, car beaucoup, beaucoup de choses ont changé dans cette adaptation qui risque, comme dit précédemment, d’énerver un nombre incalculable de fans rageurs. En tête de file de cette longue liste de changements, l’inclusion d’un personnage complètement original présent ni dans le livre lui-même, ni dans les collections d’appendices et d’autres histoires sortis de l’imaginaire de l’écrivain et linguiste britannique : celui de l’elfe Tauriel. Ce personnage est une complète invention du réalisateur et de son équipe de scénaristes ; pire encore, c’est un personnage féminin ! J’entends déjà les fans s’étouffer… Eh oui, une elfe guerrière des plus fortes et indépendantes s’est glissée dans le casting et, bien que le film ne passe toujours pas le Test de Bechdel, c’est pas trop tôt ! Avec ce personnage inédit, Peter Jackson et sa bande entend bien montrer que même les films d’aventure et de fantasy, sous prétexte qu’ils se déroulent dans un Moyen-Âge mythique et ont souvent été écrits des décennies auparavant, n’échappent pas au sexisme et que c’en est assez des contes héroïques où les filles n’ont pas leur place. Le personnage de Tauriel est une façon de remettre à jour les standards de notre société et d’arrêter de répéter les mêmes choses aux nouvelles générations : « va jouer à la poupée, ma fille, les grandes épopées ne peuvent être ni écrites ni vécues par toi ! » Je salue donc l’initiative et l’effort fait par les scénaristes, de même que la performance des plus convaincantes d’Evangeline Lilly, l’actrice interprétant Tauriel. Un bel effort que celui-ci.

Autre grand changement par rapport au livre, la contextualisation du récit dans le reste de l’épopée Tolkiennesque. En effet, l’ouvrage précède le Seigneur des Anneaux tant du point de vue chronologique que du point de vue de sa publication et, de ce fait, le récit ne fait pas grande mention de tout ce qui se trame en Terre-du-Milieu. Cependant, le Seigneur des Anneaux ayant déjà été adapté au cinéma, la plupart des gens amenés à visionner cette seconde trilogie auront déjà vu la première. Il fallait donc la rendre d’autant plus épique et remettre les éléments de l’intrigue en perspective, ce qui amène beaucoup de scènes et d’évènements non présents dans le livre. À cela encore je dis bravo ; toutes les scènes du film sont pertinentes et jamais inutiles. Elles sont toutes intéressantes et apportent grandement à l’intrigue générale.

Enfin, il est certainement de bon aloi de revenir sur la question de l’adaptation. Pour beaucoup, un film se doit d’être la copie conforme de l’ouvrage dont il est issu : cela est à la fois impossible et infantile. Le roman et le long-métrage sont deux médias et genres différents, sous-tendus par des règles et des codes eux-mêmes différents. Par définition, il n’est pas possible qu’un film, fait d’images en mouvements, puisse être exactement la copie exacte d’un livre, fait de lettres et d’encre. Un film nécessite une vision plus précise  ainsi qu’un découpage de l’action, du mouvement et de la durée selon des contraintes que le roman ne connaît pas. De plus, comme tout découpage, il est le fruit d’un imaginaire dans la majorité des cas différent de celui de l’auteur et devient de ce fait une œuvre  à part entière, surtout si l’adaptation, comme c’est le cas ici, est effectuée plus de septante ans plus tard. The Hobbit, le livre, et The Hobbit, la trilogie de films, sont deux textes différents car le fruit de deux médias, deux périodes et deux auteurs qui jamais ne peuvent complètement se rejoindre. Il est évident que la seconde est issue du premier et se réfère à lui. Personne ne peut le nier. Néanmoins, du point de vue de leur existence en tant que texte et œuvre, ils se retrouvent égaux en droit. Pester contre un film car il n’est pas suffisamment fidèle au livre dont il s’inspire, c’est ne pas comprendre ce simple fait.

Alors, pour finir, je vous enjoins à toutes et tous d’aller voir ce film et, si vous le pouvez, en IMAX 3D, car il vaut vraiment le détour. Une magnifique envolée épique qui vous emportera du long de ses 2 heures et cinquante minutes et qui vous laissera impatients de voir la suite l’année prochaine !

Crédit Photo : http://en.wikipedia.org/wiki/The_Hobbit:_The_Desolation_of_Smaug