À l’occasion des 100 ans de la révolution russe de 1917, l’Alchimic présente Le rêve de Vladimir (Lénine), de Dominique Ziegler, jusqu’au 19 novembre prochain.

Tout commence à la mort du frère de Vladimir Ilitch Oulianov, Alexandre. Vladimir fait la promesse de poursuivre son rêve de renverser le tsar et d’instaurer une dictature du prolétariat, pour faire simple. Tout ne se passera pas comme prévu : entre exil en Sibérie, long séjour à Genève et autre impression d’un journal clandestin en Allemagne, la vie de Lénine a été particulièrement mouvementée, jusqu’à l’arrivé de son parti au pouvoir en 1917. Le rêve de Vladimir retrace la vie et le rêve de cet homme, à travers une série de fresques dépeignant les moments-clés de son histoire, de la mort de son frère en 1887, jusqu’à la sienne en 1924.

Une construction admirable

Le rêve de Vladimir, c’est d’abord une pièce admirable dans la manière dont elle est construite. Constituée de courtes scénettes, elle donne une vue générale de la vie de Lénine sans jamais créer de longueurs. De Genève à Saint-Pétersbourg, de la Russie à l’Allemagne, tout s’enchaîne sans transition, pour apporter un rythme élevé à la pièce, tout en donnant une vision assez exhaustive du parcours du dirigeant du Parti ouvrier social-démocrate, en couvrant pas loin d’une quarantaine d’années. Pour permettre à ces scènes de s’enchaîner aussi vite, la scénographie est plutôt simple : un écran sur lequel sont projetés des décors et le nom des lieux dans lesquels se trouvent les personnages. Des panneaux coulissants sont également disposés sur la scène, permettant de modifier l’espace à volonté, pour ne jamais tomber dans une absence de mouvement qui aurait été préjudiciable. Grâce à ces dispositifs, le spectateur ne se perd pas – ou très peu – malgré l’abondance de lieux et de personnages (à vue de nez, une bonne trentaine), portés par uniquement 5 acteurs ! Un grand coup de chapeau doit ici être tiré aux costumiers et maquilleurs, qui n’ont de cesse de modifier l’apparence des comédiens pour qu’ils collent le mieux possible à leurs personnages.

Un côté divertissant bienvenu

En voyant le sujet, on pourrait s’attendre à une pièce froide, ne présentant que des aspects historiques et des personnages graves. Dominique Ziegler parvient pourtant à apporter un côté très divertissant à sa pièce, par la présence de certains personnages un peu grotesques, comme l’un des collaborateurs du journal l’Iskra (l’étincelle), tant dans leur apparence que dans leurs accents (du suisse-allemand au russe, en passant par l’allemand) parfois très prononcés. On ne tombe toutefois jamais dans le ridicule. Les passages comiques avec leur dose d’exagération sont très bien proportionnés, pour qu’on ne perde pas le sens premier de la pièce.

Des personnages complexes

Le tour de force de Dominique Ziegler est de présenter des personnages historiques dans tout ce qu’ils ont de complexe. On s’en doute, chacun n’est ni tout noir, ni tout blanc. L’auteur et metteur en scène de la pièce parvient ici à la rendre avec une certaine subtilité. C’est avant tout l’humain qui prime dans Le rêve de Vladimir. Lénine (Julien Tsongas) le premier, présente à la fois un côté utopiste, avec ses grandes idées qui ne peuvent, évidemment, pas toutes fonctionner. On redécouvre aussi son attitude volontaire et très engagée, parfois trop, qui lui vaudra quelques problèmes nerveux et un grand besoin de repos, qu’on ne peut pas se permettre en tant que leader révolutionnaire. On apprend aussi à mieux connaître son épouse, Nadejda Kroupskaïa (Yasmina Remil), soutient sans faille de Lénine. On dit que derrière chaque grand homme se cache une femme, elle en est la parfaite illustration. L’ambiguïté constante de Staline (Olivier Lafrance) et sa froideur légendaire sont également très bien rendus sur le plateau : entre son admiration prononcée pour Lénine, qu’il finit tout de même par écarter du pouvoir et sa profonde aversion envers Trotski, on retrouve un personnage assez effrayant par moments. La liste pourrait encore être allongée, tant il y a un souci du détail chez Dominique Ziegler, qui ne laisse rien au hasard en montant un projet aussi ambitieux.

Les idéaux contre la réalité

Rapidement, le rêve de Lénine tourne au cauchemar. Ses idéaux de départ ont beau être nobles, la réalité le rattrape bien vite : on ne peut jamais contenter tout le monde, on ne peut jamais tout prévoir. Lénine a beau avoir étudié de nombreux philosophes et théoriciens politiques, prévu dans les moindres détails l’arrivée du parti au pouvoir et l’organisation qu’il souhaitait y voir, tout ne s’est pas passé comme prévu, pour diverses raisons. Le rêve de Vladimir nous rappelle, de manière parfois cruelle, que l’humain est ce qu’il est, avec sa part de vice, qu’il est difficile de faire confiance, surtout quand la notion de pouvoir est en jeu. Le rêve de Vladimir, c’est une pièce qui questionne, certes, la Révolution russe et ses conséquences, mais aussi, de manière plus large, l’utopie politique, le pouvoir et tout ce qui en découle. Le sujet a beau avoir 100 ans, il est toujours d’actualité.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Le rêve de Vladimir (Lénine), de Dominique Ziegler, du 31 octobre au 19 novembre 2017 au Théâtre Alchimic.

Mise en scène : Dominique Ziegler

Avec Simon Labarrière, Olivier Lafrance, Yasmina Remil, Julien Tsongas, Pierre-Benoist Varoclier

Photos : © O. Hong Soak