Une expérience hors du commun…

             Je rentre dans la salle et une odeur très forte d’encens m’attaque. Le décor est simple : un rideau rouge, un tableau noir, un tabouret et un cercle de craie tracé au sol avec l’inscription « Slam » à l’intérieur. L’artiste Latifa Djerbi, cet OVNI, mathématicienne et comédienne, nous accueille chaleureusement comme des amis à la maison.

                Le spectacle commence… et on comprend pourquoi le descriptif n’est pas clair.

Tout d’abord, Latifa prend le temps de nous expliquer le motif de ce spectacle, ce que son ami Jacques lui a dit de faire ou non, le fait qu’elle s’en fiche. En un mot : elle se justifie d’être sur scène. Première erreur.

                Puis, on découvre le cœur du spectacle qui consiste à énumérer ses problèmes sous forme d’équations mathématiques, à résoudre ou non. Le problème central étant « Je ne trouve pas ma place dans… » : féminité, travail, mère, artiste, société, tous les grands classiques y passent. Jusque-là, vous me direz « Et alors ? Ça peut être drôle, non ? » Oui, sauf que ça ne l’est pas et c’est bien dommage. Le contenu y est, mais la forme n’y est pas, mais alors pas du tout. Je n’ai pas ri une seule fois… Il y a des problèmes de rythme, de gestuelle, de ton, de mimiques, d’humour… N’est pas drôle qui veut.

                La déception aurait pu s’arrêter là, mais le pire était à venir. Les slams. Deuxième erreur. Oui, elle se met dans le cercle de craie « slam » et se frappe le corps de manière désordonnée et non-esthétique en hurlant des paroles plus ou moins hors du rythme. C’est à cet instant que la pitié s’empare de moi.

                Il n’y a qu’un moment véritablement touchant et bien réalisé dans la pièce : un discours anaphorique commençant par « Est-ce ma faute à moi si… » et où l’OVNI Djerbi s’attaque à la discrimination contre les Arabes. Mais ce n’est pas assez pour rattraper tout le spectacle.

À la fin, Latifa nous invite dans sa Suisse tunisienne, nous offre à boire et à manger en nous rappelant que l’artiste salue au terme du spectacle pour s’excuser.

                Une performance qui nous rappelle la difficulté de faire rire et de divertir. Cette critique un peu amère se veut bien évidemment subjective, d’autres ont ri dans la salle, rassurez-vous. J’ai compris la démarche de l’artiste, cependant, allier humour et art contemporain n’est pas chose aisée et en ce qui me concerne, le mélange n’est pas réussi.

 

Lou Ciszewski

 

Référence : L’improbable est possible, j’en suis la preuve vivante, Latifa Djerbi, au Théâtre St-Gervais jusqu’au 18 octobre.