Pendant quatre jours au Studio Abriel, assistez à l’improbable rencontre entre un évadé de prison et une princesse de 536 ans, avec Milady en sous-sol, de Jacques Chambon.

Milady en sous-sol. Le ton de la pièce est donné dès le titre. Le jeu de mots est annonciateur du ton décalé et hilarant du texte de Jacques Chambon (l’interprète de Merlin dans Kaamelott). Tout commence dans une chambre, pleine de toiles d’araignées, dans laquelle quelqu’un dort, entièrement couvert. Dans un grand fracas arrive un homme, Eddy, qui s’écrie avec joie « Niqués ! Niqués ! Comment je les ai trop niqués ! » L’énergie folle avec laquelle il débute donne immédiatement une idée du rythme de ce à quoi le public va assister. Évadé de prison, il croit arriver dans le sous-sol d’une pizzeria, mais déchante vite lorsqu’il comprend qu’il est arrivé dans une chambre médiévale, où il réveille la véritable Belle au bois dormant, Berthe, étonnamment bien conservée pour ses 536 ans…

Un décalage à tous les niveaux

C’est sur le décalage que repose toute la pièce. Et il faut dire qu’à ce jeu-là, tant Jacques Chambon dans son écriture que Aurélien Portehaut (Gauvain dans Kaamelott) et sa femme à la ville Chrystel Rochas dans leur interprétation, s’en sortent avec brio.

Il y a d’abord le décalage entre des personnages de deux époques totalement différentes. Ainsi, Eddy passera une bonne partie de son temps à expliquer à Berthe des concepts qui lui sont inconnus : de la télévision aux allumettes, en passant par Eddy Mitchell et la démocratie, il lui faudra trouver des manières simples de lui faire comprendre des choses qui paraissent évidentes pour n’importe qui aujourd’hui. Imaginez dès lors le moment où il faut lui expliquer que la Terre est ronde, avec la pesanteur et tout ce qui va avec… Les réactions toujours inattendues de Berthe donnent à la pièce toute sa force comique.

Mais ce n’est pas le seul décalage sur lequel elle repose, loin s’en faut ! Il faut aussi parler du langage. Eddy a peine à croire que la femme en face de lui a 536 ans. Pour des raisons biologiques évidemment – elle lui expliquera que cela est le fait de l’envoûtement donc elle a été victime – mais aussi à cause de sa façon de parler. Loin des « Messires, enfourchez donc votre fidèle destrier », c’est un langage parfaitement moderne et parfois cru qu’elle emploie… tout en parlant de ménestrels et autres tortures médiévales, telles la rissolette. Alors qu’elle ne connaît pas du tout les inventions modernes – elle restera par exemple ébahie devant le papier autocollant d’une enveloppe – elle est, au contraire, très au fait sur d’autres choses, notamment ce qui concerne la sexualité, bien qu’elle n’ait jamais pratiqué.

Une dénonciation sous-jacente

Au milieu de ces décalages et de tous les rires qu’ils engendrent, il faut également souligner les quelques piques à l’égard de notre société. Alors qu’Eddy décrit la journée type d’une ménagère de 40 ans aujourd’hui, Berthe lui rétorque qu’au final, ça n’a pas vraiment évolué. Puis, lorsqu’il parle d’éducation, en tentant de montrer à quel point on a évolué depuis l’époque de Berthe, il sera contraint de constater que, malgré cela, les résultats sont toujours les mêmes : les pauvres ont tendance à rester pauvres, les riches à s’enrichir de plus en plus. Attention, le texte ne tombe jamais dans la démagogie, encore moins dans une franche critique de la société moderne. Ces quelques piques sont toujours lancées avec beaucoup d’humour, amenant une réflexion ultérieure au spectateur. Mais ce qu’il retient, c’est avant tout le rire.

Le rire. Car c’est là l’essentiel de la pièce. Devant la finesse du texte de Jacques Chambon et l’interprétation pleine d’énergie d’Aurélien Portehaut et Chrystel Rochas, on ne peut qu’être hilare. Le rythme imprimé à la pièce est impressionnant, les vannes s’enchaînent, sans jamais de temps faible. On retrouve en plus, par moments, le ton de Kaamelott, dans certaines expressions, certaines mimiques, au-delà même de la thématique.

Vous êtes fan de Kaamelott et voulez passer une heure et quart à rire et vous amuser ? Ne cherchez plus, c’est au Studio Abriel qu’il faut vous rendre jusqu’à dimanche, pour l’une des trois dernières représentations de Milady en sous-sol. À ne pas manquer !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Milady en sous-sol, de Jacques Chambon, du 4 au 7 mai au Studio Abriel.

Mise en scène : Chrystel Rochas, Aurélien Portehaut

Avec Chrystel Rochas et Aurélien Portehaut

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Photo : © Robin Gervais