Il est 22h et la salle du Terreau est déjà comble. Des gens s’amassent de partout, autour du bar, devant la scène où le prochain groupe n’est pas encore arrivé, à l’extérieur pour fumer sa clope. Il fait chaud et moite.

On sent que les deux premiers groupes ont déjà dû faire vigoureusement remuer la foule. Une bière plus tard et c’est au tour des Invertébrés de rentrer en piste. Ils sont quatre : Retroski, la Salsa Laide, Nibli et Skinny Jimmy, le tout harmonieusement secondé par idle en tant que DJ, colonne vertébrale de toutes ces vertèbres un peu volatiles. Ils donnent le ton d’entrée de jeu. Ça gesticule de partout sous des lumières bleues et violettes, trémoussant leur dégaine à droite, à gauche, devant et derrière la scène, en se donnant la parole à tour de bras sans hésitation ni retenue aucune. Ils assènent à la foule leur rap futuriste, lui impose quelque chose de nouveau, une ambiance bien à eux, mais surtout une bonne humeur à vous fendre les commissures des lèvres à force de sourire. Leur premier concert sur la terrasse de la Parfumerie est déjà loin. L’aisance est là et bien là, la foule est chaude à souhait et ça bouge jusqu’à faire chavirer la planche à repasser où se trouve la platine d’idle. Comme invertébrés, on en a déjà vu des plus mous. Le képi en feutre rouge de Victor manque de s’envoler à plusieurs reprises mais les Invertébrés semblent toujours retomber sur leurs pattes. Leur flow nous est distillé sans interruption jusqu’à la dernière goutte. Leur prestation est solide, mais aérienne, et bon enfant en même temps. Subtiles saveurs que l’on ne rencontrera nulle part ailleurs. « Les Invertébrés c’est trop coooooooool » ; on est sans l’ombre d’un doute d’accord avec vous !

C’est ensuite Cold Bath qui enchaîne. La salle monte encore de quelques degrés et les lumières virent au rouge, en accord avec le rouge à lèvres d’Alex. D’une concentration sans faille, Henry et Antoine semblent canaliser la fougue d’Alex, aux simples notes de leur guitare et leur basse respective. Dans leur précédente interview, Cold Bath nous parlait de voyages et d’évasions, c’est réussi. Leur musique est envoûtante et on finit vite par se noyer dans leur univers musical. Ils nous brassent à leur guise à travers des morceaux plus planants et finissent par nous ramener à la terre ferme au détour d’une série de notes plus agressives. Les morceaux s’enchaînent sans répit pour le public, avec un profond solo de basse d’Antoine, et un de Baptiste, solennel et religieux, comme l’annonciation de quelque chose de grand et de puissant, sous la révérence d’Alex, agenouillé au milieu de ce galop bouillonnant de percussions. Pendant ce temps-là, des bulles de savons irisées flottent au-dessus de la foule, contretemps insouciant jusqu’à ce que tout explose à nouveau. Alex surgit au milieu du public en fouettant tout sur son passage de sa longue crinière et sa nonchalance électrique. Cold Bath nous quitte finalement après une bonne heure de concert, les lumières s’allument et le calme finit par revenir, passé la clameur d’une salle conquise en tout point.

On finit par passer au stand de t-shirts arborant le blason de Som Squad et d’originaux graphismes imaginés par les membres du crew éponyme. Collaboration jusqu’au bout, on vous le dit ! Ma soirée s’achève alors que doivent encore jouer Lacrema, PYLONE et Ito. Je laisse à ceux encore présents le soin de se raconter la fin de la soirée à leur façon. En sortant du Terreau, un petit bonhomme au sourire jusqu’à l’arcade sourcilière arbore mon poignet droit. Même le tampon d’entrée résume la soirée.
Bravo à vous tous.

Léo Tichelli

Photo : © Melissa Mancuso Photography