Dans cette nouvelle chronique, je vous sélectionne chaque mois un album sorti récemment et qui m’aurait plus ou moins convaincu. Pour le mois d’octobre, on commence en beauté avec V le dernier album envoutant de The Horrors.

The Horrors est un groupe anglais composé de cinq musiciens. Formé en 2005, le groupe est très actif et sort un album tous les deux ans environ. Ils comptent ainsi déjà cinq albums. Leur style oscille entre le garage rock, punk rock et rock alternatif. Ces styles sont à la fois bien différents mais apportent tous un élément fondateur à la musique de The Horrors. Le punk a ce côté un peu violent et provocateur, le garage rock évoque un petit côté vintage notamment avec la présence d’orgue et de guitare claire. Enfin le rock alternatif apporte quelques éléments un peu planants bienvenus dans tous ces sons durs et francs. Tout ce mélange offre un contenu cohérent, même si chaque album a son univers bien défini. Leur dernière sortie ne déroge pas à la règle.

Le 22 septembre 2017 dernier sortait leur dernier album intitulé V. Ce titre correspond à cinq en chiffres romains puisqu’il s’agit à ce jour de leur cinquième album. On peut y voir aussi le « two-fingered salute » anglais qui équivaut à un joli majeur relevé chez nous sur le continent. Ce titre résume donc bien l’expérience musicale, si ce n’est le voyage que nous propose The Horrors. Les titres annoncent la direction musicale que prend le groupe pour cet album. Press the enter, Hologram, Machine, Point of no reply sont tous des noms qui nous mènent dans un univers technologique très loin de notre planète Terre.

Cet album n’est pas signé avec leur label habituel, Stolen Transmission, ceci explique donc peut-être pourquoi il semble se distinguer des autres sorties de ces dernières années. En effet, V revient aux racines et aux origines du groupe avec des sons plus francs tendance post-rock. Une ambiance mystique et dark s’installe au fur et à mesure des dix morceaux de V et fait directement référence à leurs premiers albums intitulés Strange House et Primary Colours (que je conseille également fortement à toute personne aimant The Smiths). À mon avis, ça tombe à pic avec halloween et l’automne qui s’installe. Les ajouts électroniques au synthétiseur et les effets sur les voix donnent à ce nouvel opus un genre qui tend vers l’industriel et le new wave, me faisant penser par moment ce que pourrait tout à fait faire Depeche Mode. The Horrors réussit à utiliser le vintage à bon escient en le mixant avec les sonorités typiques de notre époque. Certains éléments musicaux comme l’orgue, typiquement présent dans Ghost, me rappelle immédiatement la bande son de certains films comme 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick ou Interstellar de Christopher Nolan, plus récemment. Le voyage spatial est un thème qui m’a marquée dès la première écoute, déjà avec Gathering et son début à la limite de Space Oddity de David Bowie. Les sons électroniques mentionnés plus haut, les distorsions et les moments planants évoquent de grands espaces inquiétants et dénaturés. On est loin de la recherche organique, tout est fait pour nous éloigner de toute conception de nature, même dans les choix visuels des clips ou de la pochette. Tous les morceaux ne sont pas dans cette optique. Certains comme Press to exit ou Point of no reply sont un peu plus groovy et pop et contrastent avec d’autres très inscrits dans le style industriel sombre de Weighed Down.

Il serait trop simple que limiter cet opus à son seul ton obscur et menaçant car, même si beaucoup d’éléments sont puisés dans ces registres, ce n’est pas le cas. The Horrors réussit à nous proposer des morceaux mélancoliques sans tomber dans une lourdeur et une impersonnalité que je reproche parfois au style industriel.

L’habilité de V réside dans sa capacité à garder sa propre personnalité malgré tous les mélanges expérimentaux qu’il propose et surtout rester dans la fibre de ce que fait le groupe. Pour beaucoup, il est le sommet de The Horrors, comme si toutes ces années de travail avaient permis son aboutissement et sa maturité.

La sortie du single Machine en juillet 2017 a fait naître une forte attente chez les fans. En effet, Machine et son clip complétement psyché et déjanté résument tout à fait l’ambiance de V. Il dépasse les champs artistiques jusqu’à présent proposés par le groupe, tant au niveau visuel que musical.

Pour ma part, j’ai découvert le groupe à travers l’album V. J’avoue que je me suis totalement laissée transporter par leur style si particulier et qui correspond tout à fait à la saison. Ainsi, je vous invite (très) fortement à aller écouter V (et les autres albums, si l’envie vous prend) qui est présent sur toutes les bonnes plateformes de streaming musical. En attendant, je sais ce que je vais demander pour Noël cette année.

Joana Innocenti

 

Le clip de Machine : https://www.youtube.com/watch?v=2GP-RRVAzrQ

Le site du groupe : http://www.thehorrors.co.uk/

Photo : Crédit ©Wolf Tone/Caroline International