Aujourd’hui, scénaphile un peu particulier, puisqu’il sera question de deux films au lieu d’un : Very Bad Trip 2 et 3[1]. Si je les ai choisis, c’est parce qu’ils permettent d’aborder une thématique importante : les suites de films.

Posons tout d’abord le contexte. En 2009 sort le premier opus, Very Bad Trip. Celui-ci raconte l’histoire de quatre jeunes hommes partis fêter l’enterrement de vie de garçon de l’un d’eux à Las Vegas. Ils se font droguer à leur insu et se réveillent le lendemain sans le moindre souvenir de leur soirée. En outre, ils ne retrouvent pas Doug (Justin Bartha), le futur marié. Pour les trois rescapés, il s’ensuit une course contre-la-montre burlesque afin de retrouver leur ami dans les temps. Partant sans grande prétention et au budget de 35 millions de dollar, le film a constitué une bonne surprise de par son originalité et sa fraîcheur, ce qui lui a permis d’être un succès critique et commercial (469 millions de dollars engrangés au box-office mondial[2]). L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais un tel potentiel commercial ne pouvait pas demeurer inexploité.

C’est ainsi que deux ans plus tard, en 2011, Very Bad Trip 2 est sorti. Au début de ce film, nos quatre amis se retrouvent en Thaïlande avant le mariage de l’un d’eux. Malheureusement, ils sont drogués à leur insu et se réveillent le lendemain sans souvenir. Vous avez une impression de déjà vu ? C’est normal, c’est exactement le même synopsis que le premier opus. Or, autant cela peut être acceptable dans un film de genre, autant quand un film dont le succès repose sur son originalité cède aux sirènes d’une suite qui ressemble à une contrefaçon thaïlandaise, on est en droit d’être nettement plus critique. Même s’il dépasse la limite de la vulgarité que le premier Very Bad Trip avait pourtant réussi à éviter, ce deuxième volet n’est pas si inintéressant en soi. Il a ses qualités et aurait pu recevoir des critiques positives… si le public auquel il se destinait n’avait pas déjà vu le premier. Malheureusement, une personne ayant apprécié l’original ne peut qu’être déçu de cette suite qui n’a rien d’original alors que c’était là la principale force de l’épisode de 2009.

Vous l’aurez compris, reprendre jusqu’à l’overdose la structure du film originel n’est pas une bonne façon de faire une suite. Alors, comment procéder, puisqu’il faut bien capitaliser un maximum sur un tel potentiel commercial ? Very Bad Trip 3 semble répondre à cette interrogation. En effet, cette fois-ci le scénario est original : plus de drogue qui fait oublier une nuit dont il faut ensuite compenser les dommages, mais une course-poursuite pour retrouver Leslie Chow, un personnage récurrent des deux premiers opus, qui est accusé par un criminel recherché de lui avoir volé de l’argent. Ce dernier arrête donc nos quatre protagonistes – soupçonnés d’être en contact avec le Chinois – et prend Doug en otage, qu’il ne rendra que lorsque Chow lui aura été remis. Comme on pouvait s’y attendre, cette poursuite donnera lieu à de nombreuses situations comiques bien pensées.

Alors, Very Bad Trip 3 est-il la suite que l’opus originel méritait ? On est en droit de le penser au début du film, mais à mesure que celui-ci avance, on s’aperçoit nécessairement que cette pensée était erronée. Oui, le film est drôle et parvient à la fois à s’éloigner de son modèle et à garder des références. Cependant, à mesure que le film avance, les scènes inutiles et longues se multiplient ; elles se concentrent majoritairement sur Alan (Zach Galifianakis, l’un des quatre protagonistes, qui souffre de problèmes mentaux et est généralement responsable des ennuis rencontrés par la fine équipe), personnage qui n’est ni intéressant ni attachant, ce qui n’est certes pas facilité par la lourdeur des scènes incriminées. Or, le problème, c’est que Very Bad Trip 3 ne dure que 100 minutes. Cela signifie que si on retirait les scènes inutiles, il ne resterait qu’une petite heure de film… que les scénaristes ont donc tenté de rallonger tant bien que mal (globalement plus mal que bien). Non pas que je leur jette la pierre : il n’y avait, à mon avis, tout simplement pas la possibilité de faire un film d’1h30 avec une intrigue originale. En effet, les personnages ont des personnalités très archétypales qui ne sont pleinement adaptées qu’au synopsis du premier opus. En sortant de ce cadre, ceux-ci deviennent très vite ennuyeux et le meilleur scénariste du monde n’aurait probablement rien pu y changer.

Alors, comment faire une bonne suite de Very Bad Trip ? Probablement en n’en faisant pas, tout simplement. Autant certaines intrigues ou certains univers se prêtent assez bien à la multiplication des films, autant quelques autres, dont l’intérêt ne repose en somme que sur leur fraîcheur, ne peuvent rien donner de très concluant. Il faudrait donc que les producteurs aient le courage de ne pas céder aux sirènes d’une suite nécessairement lucrative… Autant dire que ce n’est pas gagné et que ce type de problème risque de se répéter souvent à l’avenir.

Références : Very Bad Trip 2 et Very Bad Trip 3, scénarios de Scott Armstrong (pour le 2), de Todd Philipps et de Craig Mazin (pour le 3), 2011 et 2013.

Pierre-Hugues Meyer

[1] Respectivement The Hangover Part II et The Hangover Part III en VO, ne me demandez pas la raison de cette traduction étrange.

[2] http://www.the-numbers.com/movie/Hangover-The#tab=summary, consulté le 27.09.2014.