Après leur passage aux Docks de Lausanne en décembre dernier, le mythique groupe de rock des Black Rebel Motorcycle Club nous fait le plaisir de nous offrir un album en ce début 2018. Ainsi, le mois de février parlera de ce nouvel opus. Vous l’avez peut-être compris, cet article sera placé sous le signe de l’indierock.

Fondé en 1998, ce groupe californien n’est plus à son coup d’essai. En vingt ans de carrière, ils ont réussi à s’affirmer dans le milieu de la musique et plus particulièrement du rock. Le nom du groupe est un hommage au film de László Benedek L’Équipée sauvage. BRMC est composé de Peter Hayes (guitare), Robert Turner (basse) et Leah Shapiro (batterie) et, en ce début de 2018, ces derniers sortent sur le label Vagrant Records leur huitième album : Wrong Creatures.

Après cinq ans sans production studio, les Black Rebel Motorcycle Club étaient attendus au tournant par les fans. D’ailleurs, les réactions de ces derniers semblent mitigées : certains adorent car Wrong Creatures renoue avec les racines musicales propres à ce groupe, pendant que d’autres trouvent ce dernier opus trop hétérogène. Personnellement, je suis plutôt de cet avis sans pour autant m’acharner à tort. En effet, en écoutant Wrong Creatures j’ai surtout été déconcertée. Globalement, nous sommes face à du pur Black Rebel Motorcycle Club, pas de doute. C’est en particulier le cas de Question of Faith avec sa rythmique répétitive évoquant certains morceaux d’albums plus anciens. Pourtant en se penchant un peu plus on remarque une certaine ambivalence. Alors que certains morceaux sonnent très grunge voire un peu violent – comme Little Things Gone Wrong -, une autre partie de l’album tend à s’adoucir et pose un cadre très mélancolique. Par exemple, Haunt avec sa mélodie très douce et très hivernale nous emporte dans un univers presque onirique. Dans ce sens, Echo consiste en un autre morceau très planant et donc parfait pour l’ambiance froide du mois de février. En plus d’être bipolaire, ce nouvel opus propose de nouvelles expérimentations, notamment au niveau des sons. C’est notamment le cas à la fin des douze titres avec Circus Bazooko qui m’a beaucoup rappelée les morceaux de la période psychédélique des Beatles.

Le huitième album des californiens semble manquer de cohérence et cela est probablement lié au fait qu’ils ont mis longtemps pour le sortir. En cinq ans, les styles évoluent et les membres ont sûrement proposé autre chose. De plus, Wrong Creatures est le premier album produit après la longue convalescence de la batteuse Leah Shapiro à cause de son opération du cerveau. Il est donc explicable qu’avec ces événements et cette longue période entre Specter at the Feast (2013) et janvier 2018, ce huitième opus ressemble à une masse de sons très hétérogènes, sans identité propre mais qui, dans son ensemble, reste cohérente dans la thématique de la mort évoquée dans les paroles et dans la lignée des albums de BRMC.

Je comprends très bien que certains fans aient pu être frustrés ou déçus. Wrong Creatures présente plusieurs facettes tout en restant très en surface et en soulignant une absence de prise de risque. La structure et le choix des morceaux témoignent d’un certain manque de relief sans pousser le concept plus loin. A mon avis, cela reste tout de même un bon album digne de ce groupe sans pour autant être une révélation. Lors de l’écoute de Wrong Creatures, il est important de mettre en perspective son incohérence avec les épreuves qu’a traversé le groupe durant ces cinq ans. Dans tous les cas, BRMC prouve que le rock’n’roll est vivant et joue un immense rôle dans la renaissance contemporaine de ce style musical en proposant un rock de qualité.

Joana Inocenti 

Crédit photos : © Black Rebel Motorcycle Club 2018

Site web : http://www.blackrebelmotorcycleclub.com/

Clip de Little Things Gone Wild : https://www.youtube.com/watch?v=nBjg8zSqvQc