Le premier étudiant à ouvrir cette rubrique ne parcourt plus les couloirs des Bastions. C’est un lettreux extra muros, expatrié à Paris pour y suivre la voie qu’il a choisie. C’est son amour du théâtre et de la littérature qui l’a poussé, un jour, à s’associer avec une équipe de passionnés, pour monter un spectacle autour d’une grande figure de la ville de Genève…

R.E.E.L. : En quelques mots, dis-nous qui tu es et quel est ton parcours.

Y.S. : Je m’appelle Yannick et j’ai 24 ans à l’heure qu’il est. Je viens de Genève et j’ai fait une maturité en latin et grec au collège Calvin, en 2008. J’ai commencé les Lettres tout de suite après, en français et latin. J’ai enchaîné avec un master en latin que j’ai terminé cette année. J’avais prévu de faire les Lettres assez rapidement pour me consacrer ensuite à des études plus spécialisées. En fait, depuis la fin de ma maturité, j’aimerais travailler dans le milieu de l’édition : j’ai fait des stages, dont un d’environ six mois aux éditions Zoé à Genève. À l’issue de ce stage, j’ai décidé de me lancer et d’aller étudier à Paris où j’avais la possibilité de faire un master assez réputé. L’université en tant que telle n’est pas extrêmement connue mais dans le milieu, c’est un diplôme qui a de l’importance.
J’ai présenté mon dossier de candidature et ça a marché : j’ai commencé en septembre de cette année !

R.E.E.L. : Est-ce que tes études t’ont aidé à préparer ce que tu fais aujourd’hui ?

Y.S. : Je me destinais aux Lettres depuis longtemps, probablement depuis avant le collège. Le problème, c’est que je ne suis pas pédagogue et donc absolument pas intéressé par l’enseignement (rires). Et ça représente tout de même une grosse partie des débouchés professionnels offerts par les Lettres. Au niveau de la carrière universitaire, je dois avouer que c’est très intellectuel et cérébral et je voulais quelque chose d’intermédiaire, c’est-à-dire éviter l’état de siège permanent en étant enseignant au cycle et la tour d’ivoire de l’enseignement à l’Université. Du coup, l’édition m’a semblé être un bon compromis parce que c’est un mélange entre exigences intellectuelles et d’autres critères plus professionnels, comme l’aspect commercial par exemple.
Mes études m’ont apporté une très bonne culture générale : avec le latin et le français, j’ai étudié une bonne partie de la littérature qui me semble essentielle. C’est une base très importante.

R.E.E.L. : Parle-nous un peu de ton projet de théâtre : qu’est-ce qui fait de toi un « lettreux créateur » ?

Y.S. : Ce projet théâtre commence en 2008 : j’avais monté une première pièce sur l’Escalade et, avec le metteur en scène, on se demandait ce qu’on allait faire ensuite. 2012 arrivait avec l’anniversaire de Rousseau et on s’est lancé dans une pièce entièrement consacrée à ce personnage. En deux mots, on a fait une pièce avec un maximum de texte d’époque, et il fallait réussir à intégrer cette matière et en faire quelque chose qui tienne sur le plan dramaturgique. Ça nous permettait d’offrir, de façon brute, un témoignage de ce que pouvaient penser les contemporains de Rousseau. J’ai pu voir qu’il y a certaines choses qui ont été dites par des philosophes de l’époque qu’on n’a absolument pas l’habitude d’entendre aujourd’hui. Pareil pour les écrits et je pense particulièrement à Voltaire en disant cela, pour tout ce qui concerne Rousseau évidemment.

R.E.E.L. : Pourquoi as-tu eu cette envie de jouer les metteurs en scène ?

Y.S. : J’écris depuis pas mal de temps, au moins 6 ou 7 ans. J’ai fait pas mal de poésies, des petites nouvelles. J’ai écrit une première pièce de théâtre qui a été montée en 2008, sur l’Escalade. Avec le recul, je me dis que finalement, c’est peut-être le seul grand projet qu’il me reste, cette pièce de théâtre sur Rousseau. Ce que je trouve vraiment intéressant dans l’écriture de théâtre, c’est que ça soit bien fait et qu’on arrive à transformer ça en quelque chose de vivant. Ça peut être très fort.

R.E.E.L. : Monter une pièce de théâtre, c’est facile ? Quelles difficultés as-tu rencontrées quand tu t’es lancé ?

Y.S. : Alors ce qui a été très facile, c’est de faire des plans sur la comète, en se disant « je vais mettre des effets spéciaux, des énormes décors, 25 comédiens et un show de trois heures trente ! » et de ne pas pouvoir le faire (rires).
En revanche, quand on part sans réel appui, les choses se compliquent. Travailler avec un théâtre comme le théâtre de Carouge par exemple, c’est difficile. On a fait plusieurs demandes mais ça n’a pas fonctionné. Du coup, il y a toute une série de choses qu’il faut financer pour pouvoir parvenir à monter une pièce, entre autres les décors ou la pub, qui est tout de même extrêmement importante et dont on ne peut pas se passer, si on veut attirer les spectateurs. Pour faire de la pub, il faut de l’argent mais pour faire une bonne pub il faut encore plus d’argent et ça, il faut y penser. En ce qui concerne les comédiens, on a eu la chance de travailler avec une équipe de semi-professionnels qui nous a aidés pour l’amour du théâtre. On a été clairs dès le début en leur expliquant qu’on n’aurait pas la possibilité de les rémunérer, étant donné qu’on ne ferait pas de bénéfices.

Photographie: Philippe Ritter

Photographie: Philippe Ritter

R.E.E.L. : Peux-tu nous présenter ces passionnés de théâtre qui forment ton équipe ?

Y.S. : À la base du projet, nous sommes deux, le metteur en scène et moi-même. Le metteur en scène est à la retraite et il avait donc le temps de se consacrer pleinement à tout ça. C’est la personne qui s’est le plus investie dans le projet, au niveau du nombre d’heures de travail et c’était vraiment nécessaire. On a une troupe de 11 comédiens semi-professionnels qui forment donc les acteurs de la pièce ; un graphiste qui a travaillé sur l’affiche ; une professeur de dessin qui a créé les décors et deux amies qui nous ont énormément aidés pour la billetterie et la buvette notamment. On est également chapeauté par une compagnie théâtrale, avec un trésorier qui nous a permis de mettre en place tout le système de réservation et de billetterie.

R.E.E.L. : Avec le recul, te lancerais-tu à nouveau dans un tel projet si tu en avais la possibilité ?

Y.S. : Si c’était à refaire oui, je le referais. Pour autant d’avoir le temps, évidemment. Les idées, c’est une chose mais après il faut tout de même avoir le temps pour se permettre de les concrétiser et tout faire correctement.

R.E.E.L. : Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui, comme toi, aimerait se lancer dans un projet créatif, lequel serait-ce ?

Y.S. : Mon conseil premier, en tant qu’étudiant en édition, c’est de savoir que si l’on a l’intention de présenter quelque chose au public, il faut se tenir informé de ce que les autres ont fait et font en même temps. Quel que soit le niveau dans lequel on travaille, il faut être conscient de son environnement pour réussir à créer quelque chose d’original, qui n’a pas été fait avant. Il y a tellement de productions artistiques maintenant, beaucoup de gens font de la peinture, écrivent, etc., et il faut pouvoir sortir du lot. Un autre conseil serait de ne surtout pas compter les heures, parce que si on se lance dans ce genre de projet, il faut le faire pleinement et s’investir à fond.

R.E.E.L. : Merci beaucoup Yannick !

Y.S. : Merci à vous !

 

Propos recueillis par Alessandra Passaseo