Yoann Provenzano est de passage à Genève, au Studio Abriel, avec son spectacle Seul(s) dans ma tête. Après trois représentations la semaine dernière, il jouera encore du 23 au 25 mars.

Yoann Provenzano, c’est un humoriste vaudois qu’on a pu découvrir grâce à ses vidéos sur Youtube, dans lesquelles il incarne plusieurs personnages. Au vu de son succès, et après des passages dans divers festivals romands, il a décidé de monter son propre spectacle, et avec brio ! Du marabout Honoré et son « don » au célèbre MC Terküit, le rappeur albanais, en passant par André Delacrottaz, ce Vaudois dopé au vin blanc, ou encore le poète Jacques Pervers, Yoann Provenzano raconte avec humour, douceur et surtout une grande autodérision, son histoire, son parcours, la Suisse, son multiculturalisme ou encore les rivalités entre Vaudois et Genevois.

Une proximité avec son public

À l’heure où il est devenu courant de se moquer des célébrités, des politiciens, de tous les travers des gens connus en somme, Yoann Provenzano choisit de ne pas tomber dans cette facilité. Dans son spectacle, on retrouve beaucoup d’autodérision. Se moquant de son front soi-disant trop grand, de ses dents, de ses origines vaudoises, il crée une certaine proximité avec le public, en montrant qu’il ne vaut pas mieux que ceux qui sont venus le voir. Le fait de jouer dans le Studio Abriel permet ce côté assez intime, nous confiera-t-il après le spectacle, puisqu’il voit tous les visages des spectateurs présents et peut plus facilement interagir avec eux. Ainsi, il interroge certaines personnes sur leur métier, leur situation, qui ils sont. La part d’improvisation qui en découle est bienvenue et permet de garder le public constamment attentif (même s’il n’a pas besoin de ça).

Une multitude de personnages

Nous l’évoquions en introduction, Yoann Provenzano fait la part belle aux personnages. Ainsi, en dénonçant leurs travers, il peut se moquer de différentes communautés en Suisse, de la vision qu’on peut en avoir, à travers certains clichés, mais toujours avec une certaine tendresse. Il n’est jamais méchant ou insultant. C’est là un point fort de son texte. Ainsi, avec André Delacrottaz, un Vaudois parfaitement caricatural – quoique… – les Genevois en prennent pour leur grade… tout en pouvant se moquer des Vaudois ! Grâce à MC Terküit, cet Albanais passionné de voitures qui veut se présenter à la présidence de la Suisse, il décrit avec humour certains défauts de notre système politique et la vision, parfois obtue, de certains Suisses à l’égard des étrangers…

L’histoire d’un parcours

Au milieu de tous ces personnages qui se bousculent dans sa tête, il y a aussi lui, le « vrai » Yoann Provenzano – même si sa personnalité ne peut se décrire sans tous ceux qui sont dans sa tête – cet étudiant en Lettres à Lausanne. Je me suis particulièrement reconnu – et nombreux sont ceux qui, parmi vous, chers lecteurs, s’y retrouveront à n’en pas douter – dans une phrase décrivant la vie d’un étudiant en Lettres : « Quand t’es étudiant en Lettres, t’as tellement de temps pour faire des choses à côté… que tes études deviennent tes choses à côté ! » Avec toujours cette autodérision qui le caractérise, il raconte son séjour linguistique à Londres, ses rencontres avec ce Sud-Américain séducteur à l’accent si particulier, les Asiatiques qui prennent des selfies de tout et de rien ou encore les chats anglais – qui déboucheront sur une réflexion plutôt originale sur les animaux de différentes origines… Dans son spectacle, il raconte aussi comment il est devenu humoriste, la notoriété qu’il commence à rencontrer, avec des gens qui le confondent avec ses personnages, prennent « une selfie » (eh oui monsieur Provenzano, je crois bien que « selfie » est masculin en langue française) avec lui et s’en vont, le laissant retomber dans l’anonymat.

Seul(s) dans ma tête, c’est au final un spectacle extrêmement drôle – on est plié en deux du début à la fin – qui raconte beaucoup de choses de Yoann Provenzano, mais aussi de la Suisse, dans plusieurs de ses aspects, avec une tendresse toujours présente. Passer des vidéos à la scène n’est pas chose aisée, et Yoann Provenzano y parvient avec aisance.

Alors je n’aurai qu’une chose à ajouter : courez au Studio Abriel voir son spectacle, du 23 au 25 mars, à chaque fois à 20h30. Pour ceux qui n’en auraient pas l’occasion où habiteraient sur un autre canton (le sien, à tout hasard), il se produira le 19 mai à Echandens, le 25 à Champéry et le 20 juin à Morges, dans e cadre du festival Morges-sous-Rires.

Vous n’avez désormais plus d’excuse pour ne pas aller faire la connaissance de MC Terküit, André Delacrottaz et Jacques Pervers !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Seul(s) dans ma tête, de et par Yoann Provenzano, au Studio Abriel les 16, 17, 18, 23, 24 et 25 mars 2017.

https://www.studioabriel.com/cafe-theatre

Sa page Facebook : https://www.facebook.com/BlaguesEtWitzs/?fref=ts

Photo : © Laura Gilli